‹ ThéâtreChapitre 139 sur 238 · FE RIS AN DO · texte numérisé non relu

FE RIS AN DO

Alors c'est un tête-à-tête I

LUCIE

Avec la table au milieu; il n'y a rien de mal â cela.

FERNANDO

Vous êtes donc résolue à devenir la compagne de madam? Ja baronne?

LUCIE

C'est mon intention.

FERNANDO

Il me semble que vous ne pouvez manquer de trouver quelque compagnon, dont l'entretien vaudra mieux encore que celui de celte dame.

LUCIE

Je n'en ai que faire.

FERNANDO

Est-ce la probité de ce visage qui nous le garantit?

LDCIE.

Je vois, monsieur, que vous êtes comme tous les hommes.

FERNANDO

C'est-à-dire...?

LUCIE

Fort présomptueux sur ce point. Vous autres, messieurs, vous croyez qu'on ne peut se passer de vous ; cependant j'ai bien grandi sans ce secours.

FERNANDO

Vous n'avez plus de père?

LUCIE

Je me souviens à peine d'en avoir eu. J'étais très -jeune quand il nous abandonna pour aller en Amérique; son vaisseau fit naufrage, à ce que nous avons appris.

ACTK I. 22^

lEI'.NAMiO.

Vous paraissez liieii iiiilifréreiile à col égard?

Lucii:.

Pourquoi serais-jc aulremenl? Il n'a jamais rien fait jioiir moi, et je lui paitloiinc do nous avoir al)aiidoiMiéos, car la liberté est au-(lo.s^us de tout, pour l'iioniiue. Mu mèie n'est pas comme moi; elle meurt de chagrin.

FERNANDO

Et vous êtes sans secours, sans appui?

LUCIE

Nous nous en passons. Notre fortune a diminué tous les jours; et moi, par conire, j'ai grandi tous les jours. Il ne m'est point pénible de nouri ir ma mère,

FERNANDO

Votre courage m'étonne.

LUCIE

Oh! monsieur, il vient de lui-même. Quand on se sent si souvent près de succomber, et qu'on se voit toujours sauvé, cela donne de la confiance.

FERNANDO

Et vous ne pouvez point en. donner sa pari à voire mère?

LUCIE

Elle est la plus malheureuse; c'est elle qui a fait des pertes et non pas moi. Je rends giâce? à mon père de m'a voir mi^^e au monde; car je vis volontiers et joyeuse; mais elle... qui avait placé ûur lui toutes les espérances de sa vie, qui lui avait sacrifié sa jeunesse; être abaiidoimée, abandonnée tout à coup! cela doit êlre terrible de se sentir abandonnée! Je n'ai encore rien perdu; je ne puis bien ev r^rler. — Vous paraissez pensif.

FERNANDO

Oui, chère demoiselle. Vivre, c'est perdre! (il se lève) mais c'est gagner aussi! Que Dieu vous conserve votre courage! (Il lui prend la main.) Vous m'avez étouné. 0 mou enfant, quel bonheur!... Ah! moi aussi, je suis jelé au hasard dans ce monde... j"ai souvent été bien loin de mes joies, de mes espérances... mais il y a toujours... et...

ai STELLA.

LUCIE

Que voulez- vous dire?

Bonne petite! je fais les vœux les plus sincères, les plus ■rdents, pour votre bonheur.

11 lui baise la main et sort.

LOCIE.

C'est un homme extraordinaire! il a pourtant l'air bon.

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