‹ ThéâtreChapitre 149 sur 238 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ERMITAGE DANS LE JARMN DE STELLà.

STFLI,A, seule.

Tu brilles toujours avec écla', avec plus d'éclat que jamais, clier séjour (.le ce repos éteiuel (ant dé-iré; m.iis tu u'as plus d'allrait pour moi ; je IVissoune à lou aspect : fioide terre, ton aspect me glace. Ah ! ( ombicn de fois, dans les heures de la rêverie, rim.igiiialioii a-l-elle enveloppé ma tête et ma poitrine du sombre voile de la moit ! Combien de fois me suis je laissé entraîner sans résistance jusqu'en tes profondeurs, pour cacher dans ton sein mon cœur consumé de regret-^! .dois, ô destruction ! la main puissante, en dtsséch.mt ce cœur opprimé, ce ( œur qui débordait de sentiments, en dissolviint toute mon existence dans un songe favorable, aurait accompli mes vœux les plus chers. Et maintenant, tu viens luire à mes yeux, si éclat mt, si pur, m'apporlmt t;int de joies, soleil du ciel ! Il revient! et, tout d'un coup, c'e^t une nouvelle création qui m'environne; une nouvelle vie m'anime, et une nouvelle vie resplen lissante et chaude que je veux boire de ses lèvres... pour lui, par lui, avec lui! toujours avec la môme force! Fernando! 11 vient... non... pas encore. C'est ici qu'il me trouveia, près de cet autel couvert de roses, au milieu de mes rosiers. Je vais cueillir pour lui ce bouton; je l'attends ici; je le conduirai sous ce berceau. En le faisant si étroit, n'ai-je pas bien fait cependant d'y ménager deux |)laces? Voilà mon livre, vodà monécriloire. Adieu, livre et écritoire! Mais pourquoi n'arrive-t-il pas? Me quitter ainsi tout de suite. L'aije de nouveau perdu? Est-il véritablement revenu? (Euire Fernando.) Oii es-tu resté, mon ami? oîi es-tu? il y a longtemps, bien longtemps que je suis seule. (Avec inquiétude.) Mais qu'astu donc?

ACTi; IV. 2lî

rEIlNANPO (eiilr.iiil).

Ces Cenimcs m'ont lr()iil)l(', Ln whc osl inic lionne femmemais elle ne veut i^is deineurer. \\\\l\ ne donne aucune laison el veut pariir. Il lant la laisser libre, Stella.

STKLU.

S'il est impossible de la faire cli,in;^erd'o|>inion, je ne veux pas la retenir coiilre son gré. Eliî Fernando, janrais beoiii de compagnie; mais maintenant (se jetant à sou cou), maintenant, Fernando, je t'ai, n'est-ce pas?

FERNANDO

Calme-loi.

STELLA

Laisse-moi pleurer. Je voudrais que ce jour fût passé. Je fi'issonne encore de tons mes mend)ies. 0 joie! tont! inopinément! à la fois ! toi, Fernando ! el à peine, à peine! je m'y perds!

FERNANDO, à part.

Ah! malheureux! l'abandonner. (Haut.) Laisse-moi, Stella.

STELLA

C'est ta voix, ta voix ciiérie ! Stella! Stella! Tn sais avec quel plaisir je t'entendais dire ce nom : Stella! Peisoinie ne leprononce comme toi; toute l'àmede l'amour est dans ce son. Combien il est présent le souvenir de ce jour où tu le |irononças pour la premièie fois, où mon bonheur commença dans to:i cœur!

FERNANDO

Ton bonheur !

STELLA

Je crois, en vérité, que tu veux faire un examen sérieux de noire vie; que tu veux compter les heures de chagrin que je me suis données à ton sujet : laisse, laisse lonl cela. Fernando, du moment où je le vis pour la première fois, comme tont fut chin^é dans mon âme! Te rappelles-lu cette aprèsmidi dans le jardin de mon oncle? lorsque tu vins à noust nous étions assis sous les marronniers auprès du kiosque.

Îi8 STELLA.

FE:.NAM)0 ù part.

Elle va me déchirer le cœur. (Haut.) Je me le rappelle, ma Stella.

STELLA

Lorsque tu vins à nous! J'ignore si tu remarquas qu'au premier coup d'oeil lu aviiis entliaîné toute mon attention. Je remarinai du moins que tes yeux me cherchaient toujours. Ah ! Fernando ! . . . c'est alors que mon oncle commença la mu><ique. Tu pris un violon ; et, pendant que tu jouais, mes regards restèrent inconsidérément fixés sur toi : j'épiais chaque trait de ton visage : et, dans les pauses inattendues, lu jetais les yeux sur moi; ils rencontraient les miens. Comme je rougissais ! comme je détournais la vue ! Tout cela ne t'échappait point, Fernando. Mon ami je voyais bien que lu perdais souvent le cahier de vue; tu manquais souvent la mesure et la faisais manquer à mon oncle. Chacune de tes fausses notes, Fernando, me pénétrait jusqu'au fond du cœur. C'était la plus douce confusion que j'eusse éprouvée de ma vie. Pour tout Tor du monde, je ne t'aurais pas regardé en face : j'avais besoin d'air; je sortis.

FERNANDO

Jusqu'à la plus petite circonstance ! (Bas.) Malheureux souvenir !

STELLA

Je m'étonne moi-même de voir comme je le chéris! comme oujours auprès de toi, je m'oublie entièrement! Tous les souvenirs de notre amour sont aussi vifs pour moi que si c'était aujourd'hui. Ah! oui! combien de fois me suis-je redit à moi-même ces détails si chers? Combien de fois, Fernando? Comme tu me cherchais, comme tu parcourais le bosquet, en tenant par le bras mon amie, que tu avais connue la première! Elle appelait Stella! et lu redisais après elle : Stella I Stella ! Je t'avais à peine entendu parler, et je reconnaissais ta voix. Et lorsque vous m'eûtes rejointe tu me pris les mains ! Qui était le plus confus de toi ou de moi ! l'un aidait l'autre. Et dès ce moment ma bonne Sara me disait... elle me disait le soir même : « Tout est trouvé !... » Et dans les bras, quelle

ACTt; IV. 2V.)

félicilé! Si ma Sara pouvait voir monboiilieur! c'était une exrcllcnte ciéalui'c. Klle pleuiait sur cet amour si profond, si incurable. Qu'il uieùt rté doux de l'emmener, quand je quittai tout pour loi !

FEnNANDO.

Quand tu quittas tout?

STELLA

Tu parais surpris. Cela n'est-il pas vrai? ou penserais-tu que dans la bouche de Stella, ce mot pût être un reproche? Va, je n'ai rien fait pour toi.

FERNA^DO.

0 Dieu!... ton oncle qui t'aiuiail comme un père, qui te portait dans son cœur, qui n'avait d'autre volonté (]uo la tienne! le quitter! ce n'ctait rien? et celle fortune, ces biens qui tous étaient à toi, qui devaient t'ap[)arlenir, ce n'étiit rien? et ces lieux où tu étais née, oii tu avais passé ta jeunesse, où tu, avais été heureuse ; les compagnes !

STELLA

Et tout cela sans toi, Fernando, qu'était-ce, qu'était-ce auprès de ton amour? Lorsi^u'il s'empara de mou âme, de ce jour seulement je pris possession de la vie. Je dois te l'avouer, dans les heures solitaires, je me suis dit souvent : Pour(}uoi ne pas jouir avec lui de tant de biens? pourquoi fuit ? pourquoi ne pas rester en possession de tout cela? Mon oncle lui aurait-il refusé ma main? non: et pourquoi donc fuir? Mais non, je te trouvais assez d'excuses! pour toi, elles ne peuvent manquer. Et quand ce ne serait qu'une fantaisie, me disaisje ; car vous en avez un bon nombre; quand ce ne serait que la fantaisie d'enlever ce qu'il aime, comme une proie; quand ce serait l'orgueil de la prendre seule, sans dot, sans rien ! Tu peux penser que le mien étaiti^assez intéressé à croire ce qu'il y avait de mieux. Enfin, je voulais, et je fis ton bonheur.

FERNANDO

Je n'y saurais tenir.

Annette entre.

A> NETTE

Excusez, gracieuse dame. Que ta raez- vous, monsieur leca-

ÏM» STELLA.

pilaine? tout est empa^pielé, l'on n'altenJ pliiscjiie vous. M;idcmoi>elle est accouru ; elle a cl.inné Tordre de partir aiijoiird'Imi : c'était si pressé qu'on ne savait à qui entendre. Et niciinleiiant, qu'allendez-vous?

STELLA

Va, Fernando, va les mettre en roule; paye la poste; mais reviens sur-le-cliamp.

ASNFTTE.

Est-ce que vous ne partez pas avec elles? Mademoiselle a commandé une chaise à trois places; voire domestique a fait vos paquets.

STELLA

Fernando, c'est une erreur?

FEr.NANDO.

Que veut dire cette enfant?

ANNETTE

Ce que je veux dire? ah! vraiment, c'est assez curieux 1 que monsieur le ca[)itaine quitte madame pour pai tir avec < elti fille! la connaissance n'est pas vieille; elle s'est laite ù diner Vous avez pris congé d'elle bien tendrement au dessert, qu;;;" vous lui baisiez la main.

STELLA embarrassée.

Fernando !

FERNANDO

C'est une enfant.

ANNETTE

Ne le croyez pas, madame: les paquets sont faits; monsieur ]iart avec elles.

FERNANDO

Pour oii? pour où?

STELLA

Laisse-nous, Ânnelle.

Annette sort.

STELLA

Tire-moi du'plus cruel embarras; je ne crains rien, et cependant le b;ivardai;e de cette enfant m'inquiète. Tu es ému. Fernando: je suis ta Stella!

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