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ACTE V

Stella, oui, ^aus doute, tues niallieureuse. Ah! (jiiede biens je l'ai ravis! I,a couscicnee de toi-nièuie, tu jeunesse, la

vie!... Siella!... Et je reste froid! (ll prend un pistolet sur la table.) Eu lout cas!...

U charge le pistolet. — Cécile entre.

CÉCILE

Mou ami, que deveuous-uous? (Elle voit les pistolet^.) Voilà des meubles de voyage, (icrnando remet les pistolets.) Feruando, tu me parais plus tiauquille! Est-il possible de te dire uu mot?

FERNANDO

Que veux-tu, Cécile? que veux-tu, ma femme?

CÉCILE

Ne m'appelle pas ainsi avant que je t'aie parlé. Nous sommes sans doute dans uu terrible embarras : ne peut-on en sortir? J'ai trop souffert pour n êlre pas capable d'une résolution forle : m'entends-tu, Fernando?

FEIUNANUO.

Je t'écoute.

CÉCILE

Que ton cœur me comprenne! Je nesuis qu'une femme, une femme triste, plaintive; mais mon âme est pleine de fermeté. Fernando, mon parti est pris : je te quitte.

FERNANDO, du Ion de la plaisanterie.

Voilà qui est net.

CÉCILE

Penses-tu qu'il faille prendre congé de ce qu'on aime, derrière la porte?

FERNANDO

Cécile!

CÉCILE

Je ne te fais aucun reproche, et ne pense point que mon sacrifice soit si grand qu'il en a l'air. Jusqu'ici, j'ai déploré ta perte, je me suis consumée de chagrin pour ce que je ne pouvais ( hanger. Je te retrouve : ta présence m inspire une nouvelle vie, une nouvelle force. Fernando, je sens que mou amour pour toi n'est point intéressé; ce n'est point la ()a-siou

-258 STELLA

<l'uiie îiinaiile, qui donnerait loiit pour posséiler l'objet de «es désirs : Fernando, mon cœur est plein de toi ; mais c'est le seniinicnt dune épouse, qui, par la force de son amour même, est capable de renoncer à son amour.

FERNANDO

Jamais, jamais!

Tu t'emportes?

Tu me martyrises !

CECILB.

FERNANDO

CECILE

11 faut que lu sois heureux. J'ai ma fdle; j'aurai un ami dans toi. Nous nous séparerons; mais nous n'en serons pas moins unis Je vivrai loin de toi; mais je serai témoin de ton bonlienr. Je veux ("tre ta confidente; tu verseras dans mon sein tes joies et les peines. Tes lettres seront ma vie, et les miennes x rouf ponr loi comme une visite aimable. Ainsi tu restes toujours à moi; tu n'es plus exilé avec Stella, dans un coin du monde : nous nons aimons; nous part;igeons nos joies. Allons, Fernando, donne-moi ta main pour gage de cet accord.

FERNANDO

Si c'est une plaisanterie, elle est trop cruelle; si c'est sérieux, c'est incompréhensible.... Quoiqu'il en soit, ma chère, le froid bon sens ne dénoue point la difticullé. Ce que lu dis est beau, est grand; mais qui ne sent pas qu'il y a là-dessous quelfjue chose de caché, (pie tu no te trompes pas toi-même, quand lu fais taire des sentiments ci uels, par des consolations imaginaires et biillantes? Non, Cécile; non, ma fenmie : tu es à moi; je reste à loi... A quoi servent les mots? qu'ai-je besoin de le dire ici les pourquoi? Les pourquoi seraient peutêtre autant de mensonges. Je reste à toi... ou...

CÉCILE

Fort bien!... et Stella? (Fernando e>t hors de lui; il court d'un

jiréjraré.) Qui se trompe? qui étouffe ses plaintes par des consolations froides, passagères, qu'il ne sent ni ne |»ense? Oui, c'est i vous, hcmmes, de vous mieux connaître.

A<:TK V. 259

KKKNANOO.

N'aITt'cle pus ce calme. - - Stella ! ah, elle est malheureuse ! £lle épuisera ses [tiainles loin de moi, loin de toi! Cesse, cesse donc.

CÉCILE

Je le crois, la solitude fera du bien à son cœur : sa tendresse trouvera de mélancoliques jouissances à nous savoir réunis. Maintenant, elle se fait d'ameis reproches. Si je t'abandonne, elle me croira plus malheureuse que je ne lie serai, car elle me jugera d'après elle !... elle ne pourrait plus ni vivre tranquille, ni aimer; elle cesserait d'être celte âme angélique, si elle savait que son bonheur est un vol : il vaut mieux pour elle...

FERNANDO

Laisse-la fuir; laisse-la se retirer dans un cloître.

CÉCILE

Mais, encore une fois, si telle est ma pensée, pourquoi s'ensevelirait-elle vivante? Qu'a-t-elle lait pour consacrer dans une tombe, au deuil, au désespoir, aux gémisscmenls, ses plus beaux jours, les jours de la moisson de toutes les espérances formées dans le premier âge? Séparée de son uuivere, séparée de celui qu'elle adore, de celui qui... N'est-il pas vrai, Fernando? tu l'aimes.

FERNANDO

Que dis-tu? que dis-tu? Es-tu donc un esprit malfaisant sous les traits de ma femme? Où ramènes-tu mon cœur? Pouiquoi déchirer encore ce qui e^t déchiré? Ne sui>-je pas assez accablé, assez ravagé? Ah! de grâce, abandoime-raoi à mon sort. Et que Dieu veuille avoir pitié de vous!

Il se jette sur un siège.

CECILE, s'approche de lui et le prend par la main. Ecoute... Il y avait un comte... (Fernando veut se lever, elle le

retient.) H y avait un coiiile allemand que le sentiment d'un devoir pieux conduisit loin de sa femme et de sou pavs vers la Terre Sainte.

Ah!

S60 STELLA

CÉCILE

C'était un brave homme. Il aimait sa femme : il lui recommanda le soin de sa maison, l'embrassa et partit. Il traversa beaucoup de pays, se battit, et fut fait prisonnier. La fille de son maître eut pilié de son esclavage : elle brisa ses fers, ils s'enfuirent. Elle l'accompagna au milieu de tous les périls de la guerre... le doux écuyer. Couronné par la victoire, il songe au retour. Il revient vers sa noble femme... — Et la jeune fille?... Il sentit tous les droits de l'humanité; il les crut sacrés... 11 la prit avec lui. Et voilà sa femme, cette active ménagère, qui accourt au-devant de son époux. Sa fidélité, sa confiance en lui, ses espérances sont récompensées: elle est dans ses bras. Le chevalier s'est orgueilleusement élancé de son cheval sur cette terre qui l'a vu naître : ses valets déposent le butin aux pieds de la femme; elle se prépare à l'arranger dans les armoires, à parer son château, à gratifier ses amis. — Ma chère, ma noble femme, le plus grand trésor n'est pas encore arrivé. . . Qui vois-je couvert d'un voile s'approcher avec la suite? — La jeune fille descend doucement de cheval. Voici, dit le comte, en la prenant par la main et la présentant à sa femme. Voici, regarde tout cela et regarde-la ! Reçois-la de mes mains, et reçoismoi des siennes. Elle a fait tomber les chaînes de mon cou, elle a commandé aux vents, elle m'a sauvé, el!e m'a servi, elle a veillé sur moi! Que ne lui dois-je point? La voici...

Recompense-la. (Fernando sanglote, appuyé et les bras étendus sur

la table.) Celte femme fidèle se jette au cou de la jeune fille, elle s'écrie en versant un torrent de larmes : Prends tout ce que je puis te donner ! Prends la moitié de ce qui t'appartient lout entier! Prends-le tout entier, et laisse-le-moi tout entier! Chacune peut le posséder sans l'enlever à l'autre. La femme se jette au cou de son mari... Nous sommes à toi ! — Toutes les deux le prennent par la main, se suspendent à lui. Et le grand Dieu du ciel se réjouit de cet amour! et son organe sacré sur la terre le sanctifia par ses bénédictions! et leur bonheur, leur tendresse eurent pour théâtre la même demeure, le même lit, le même tombeau.

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