‹ ThéâtreChapitre 153 sur 238 · LE SALON · texte numérisé non relu

LE SALON

FERNANDO

Laissez-moi, laissez-moi! Me voilà de nouveau en proie à ce terrible désespoir. Tout est si froid, si effrayant, que c'est comme si le monde n'existait plus pour moi ! Ah! il n'existe pour moi que par mes fautes. Et elles !... Mais ne suis-je pas plus misérable encore? Que peuveut-elles me demander?... Quand est-ce donc qu'on cesse de sentir?... Jesuisjelé d'une extrémité à l'autre! traversé dans un sens, traversé dans un autre, par des angoisses toujours plus affreuses, (il se frappe le front.) OÙ cela se lerminera-t-il enfin? Rien devant moi, rien derrière; nulle part jo ne trouve ni secours ni conseil. Et ces deux, ces trois créatures, les meilleures de leur sexe? Malheureuses par moi ! malheureuses sans moi ! plus malheureuses encore avec moi ! Si au moins je pouvais me plaindre, me désespérer, demander pardon ! Si je pouvais passer une heure dans la plus obscure espérance, me jeter à leurs pieds, et soulager mes anxiétés cruelles en partageant les leurs... Où sont-elles? Stella, tu es prosternée à terre; ton regard mourant se tourne vers le ciel, et tu lui dis avec des sanglots : Ah ! pauvre fleur, par quel crime ai-je mérité d'être écrasée ainsi du poids de ta colère? cju'avais-je fait pour que tu m'envoyasses ce misérable?... Cécile, ma femme! ô ma femme! Malheur! malheur profond!... Que de félicités se réunissent pour me mettre à la torture! époux, père, amant! Les meilleures, les plus sublimes créatures! Elles étaient à toi ! à toi? Peux-tu le concevoir encore ce triple et indicible bunlieur? et c'est là ce qui se saisit de ton élrc, ce qui le déchire! Chacune d'elles te demande tout entier. Et moi? Quel précipice! quel abîme! Elle sera malheureuse à jamais!

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