ACTE I
SŒLLEn.
io ne le reproche rien, je dis cehi comme autre chose. Ah ! une liL'Ile reiniiie réjouit tant notre ânio! Vois tu, on a de la recoiiiiitissaïue. Sophie, tu es helle! et je ne suis pas d(i marbre. J'apprécie trop le boidieur d'être ton mari; je t'aime..,
SOPHIE
Et avec cela tu peux me tourmenter!
SŒLLER.
Oh! va, qu'importe? Je puis bien te le dire, Alceste t'a aimée; je sais qu'il a brûlé pour toi, que tu l'as aimé de ton côté, que lu l'as connu longtemps.
SOPHIE
Ahl
SŒLLER.
Mais non, je ne sais pas, moi, quel mal on peut trouver à cela. Un jeune arbre qu'on plante pousse, c'est son devoir, et quand il porte des Iruits, ma foi, les cueille qui est là; il en revient l'année suivante. Oui, Sophie, je le connais trop bien pour y mettre de l'importance. Je trouve seulement cela plai- *5ant.
SOPHIE
Je ne trouve rien de plaisant à cela. Qu Alceste m'ait aimée, qu'il ait brûlé pour moi, que je l'aie aimé également, que je l'aie connu longtemps... eh bien 1 après?
SŒLLER.
Rien ! Je ne dis pas qu'il y en ait davantage. Dans les premiers jours, quand la jeune fille n'est pas épanouie, elle aime uniquement par ba'linage, le cœur lui bat sans qu'elle y comprenne quelque chose : on l'embrasse en jouant aux petits jeux; on gagne du terrain, le baiser devient plus sérieux, on y prend goût davantage, et l'on ne conçoit plus pourquoi la mère gronde. Vertu si l'on aime, innocence si l'on vient à faillir, et si l'expérience vient s'ajouter aux autres qualités, que le mari ^e réjouisse d'avoir une femme si prudente!
SOPHIE
Tu ne me connais pas assez.
ÎÎ2 LES COMPLICES.
SŒLLER.
Oh! crois-m'en, pour une jeune fiile, un baiser est ce qu'un vene de vin est pour nous. Un premier, puis un second, et puis encore un, jusqu'à ce que nous chancellions. Quand on ne veut pas s'enivrer, il ne faut pas du tout boire. Suffit, tu es à moi maintenant... N'y a-t-il pas trois ans et demi que le sieur Alceste était ton ami et demeurait ici? Combien y a-t-il de temps qu'il est parti ?
SOPHIE
Trois ans, je pense.
SŒLLER.
Au delà. Eh bien! le voilà revenu depuis quinze jours déjà...
SOPHIE
Mon cher, à quoi tend ce discours?
Eh bien! à parler un peu, car entre mari et femme on ne cause déjà pas tant. — Pourquoi diable est-il ici?
SOPHIE
Eh mais! pour s*amuser.
SŒLLEA.
Je crois que tu lui tiens au cœur. S'il t'aimait, eh ! Técouterais-tii bien?
SOPHIE
L'amour peut beaucoup, mais le devoir peut davantage encore. Tu crois?...
SŒLLER.
Je ne crois rien, et je m'entends très-bien. Un mari est toujours meilleur que tous ces petits messieurs qui fredonnent. Le ton doucereux que prennent ces pastoureaux n'est rien... qu'un ton, et un ton, c'est bien peu satisfaisant.
SOPHIE
Oui, un ton' Eh bien, va pour le ton!... Mais le tien vaut-il mieux ? Ta mauvaise humeur s'accroît sans cesse; tu ne passes pas un instant sans me contrarier. Lorsqu'on veut être limé, il faut être aimable. Etais-tu bien l'homme fait pour »€ndre une jeune fille heureuse? As-tu donc reçu le droit de