RANZ
Le souvenir seul m en fait perdie la tète. Bamberg n'est plus Bamberg; un ange, sous la figure d'une feujme, en a fait rautichambre du ciel.
WEISLINGEN
Rien que cola?
FRANZ
Que je me fasse moine, si, en la voyant, vous n'êtes pas hors de vous.
WEISLISGEN.
Qui est-ce donc?
FKAKZ.
\délaïde de Walldorf.
WEISLINGEN
Elle? J'ai souvent entendu parler de sa beauté.
FRANZ
Enlendu !... C'est comme si vous disiez : J'ai vu de la mu- 6ii|ue. La langue est incaj)able d'exprimer ses perfections, puisque l'œil ne suffit pas à les saisir 1
WEISLIKGEN.
Tu n'es pas dans ton bon sens.
FRANZ
C'e>t bien possible. La deriiière fois que je l'ai vue, j'en étais comme ivre; ou bien plutôt j'éprouvais les extase- dont doivent jouir les saints à la vue d'apparitions célestes. Tous mes sens plus forts, plus élevés, plus parfaits et en même temps paralysés !
WEISLINGEN
Voià qui est extraordinaire!
FRANZ
' Lorsque je pris congé de Tévêque, elle était assise en face de lui. Ils jouaient aux échecs. L'évèque fut très-giacieux, il me donna sa main à baiser, et me dit beaucoup de choses que je n'entendis pas; car je ne voyais que >a belle voisme. Elle avait les yeux fixés sur l'échiquier, comme si elle méditait un j,'rand coup. II y avait sur sa bouche et sur ses joues un trait de fine malice!... Que n'étais-je le roi d'ivoire! La noblesse et laffiibilité régnaient sur son front. Et l'éclat éblouissant de son visage et de son sein, comme il était rehaussé par sa longue chevelure sombre!
ACTK I. 45
Wl l-I.liNC.KN.
Mais tu en es vraiment devenu puële.
FRANZ
Cesl qu'alors je sentis ce (|ui fait les poëtes, un cœur plein d'un senliiDcnt luiique. Quand i'évèque eut fini, et que je m'iiulinai, elle lev.i les yeux sur moi et dit : « Bien qu'il ne me comiaisse pas, salue-le îussi de ma part. Dis- lui qu'il vienne au plus vite. De nouveaux amis Taltendent, et il ne faut pas qu'il les méprise parce qu'il en a tant d'anciens. » Je voulais lépondre, mais le passage du cœur à la langue était feimé. Je fis un salut. J'aurais donné tout ce que je po^^ède au monde pour baiser le bout de son petit doigt. Comme j'en étais là, I'évèque laisse tomber un pion : je me baisse pour le ramasser, et en me rele\ant je touclie le bord de sa lobe; tout mon corps en a tremblé... enfin je ne sais comment j'ai pu gagner la porte.
WEISLINGEN
Son mari est-il à la cour ?
FR.\NZ.
Elle est veuve depuis qualie mois. C'est pour se distraire qu'elle est venue à Bariiberg. Vous la verrez. Quand elle vous regarde, c'est comme si on sentait le soleil du printemps.
WEISLINGEN
Ses yeux ne feraient pas sur moi tant d'impression.