‹ ThéâtreChapitre 229 sur 238 · FORÊT ET BERCEAU · texte numérisé non relu

FORÊT ET BERCEAU

LE PRINCE, élendu sur un banc de gazon, MERKULO. MERKDLO, à part.

La visite à l'oracle n'a pas réussi à mon prince. Auparavant, il élait triste, elle voiiàloul hois de lui. Si du mui-nsje pouvais faire exhaler sa douleur en paroles ! (:.u prince.) Seigneur, une si courte absence a-t-elle donc fermé voire cœur à mou éj^ard, au point que vous ne me jugez plus digne d'être le conlident de vos douleurs, après avoir été si souvent celui de vos transports?

LE PRINCE

Je ne comprends pas ce qu'ils disent, et pourtant j'imagine que les dieux ont .sur moi de grandes vues. Mon âme est pénétrée de sentiments inconnus.

MERKDLO.

Quel est le jugement de l'oracle?

LE PRINCE

Sa réponse est équivo(|ue, et ce qui m'afïlige le plus, elle

ACTK Yl 30^

lie poileias renijjrcinte de i'inlérèt et des égards que devaient inspirer, même aux dieux, et mes prièics cl l'élat de mon unie. — Je leur demandai, d'un cœur ému, quand enfui l'orale cessiMait de Iroidjler mes esprits; quand je pouriais .■^lauclicr celte soir de jouissances qui toujours, comme à un aulre Tanlalc, écliap|ienl à mes désirs; et quaivl, pour prix de tant de maux, je jiourrais enfin goùlcr d.ms le repos ces ravissantes extases et me livrer à la mélancolie avec un cœur calme et satislail. — Et quelle réponse ai-je reçue? je craiu" drais de la rappeler à mon souveuii'. Prends et lis.

Il lui donne un rouliau.

SlEr.KULO lit.

Si xm acte sérieux ne succède pas à un jeu puéril; — 51 tu n aimes ni ne chéris ce que tu nas pas, quoique tu le possèdes^ — si tu ne lui sacrifies pas ce que fw possrdes, quoique tune laies pas, — tavie^ malheureux, s écoulera da)is un songe éternel.

Voilà un oracle bel esprit! il est fort sur l'anlithèie! II continue.

llends à son maître légitime un bien follement ravi, — alors t'appartiendra celui que tu reliens avec tant de tourments et de peines, — ou redoute la colère des dieux tout-puissants! — Redoute le sort de Tantale, ici-bas et par delà la vie !

LE PRINCE

Insensé! fallail-il aller consulter l'oracle, pour me voir forcé ou d'obéir malgré moi, ou d appeler sur ma tèlc la vengeance des dieux 1

Meikulo peut à volonlé répéter la réponse de l'oracle, faire des obscrv^ations, etc., jusqu'à ce qu'il croie que le public l'a suffisamment entendue.

MERRLLO.

H me semble qu'en cette occasion vous pourriez toujours alléguer pour excuse voire ignorance; car, i)our moi du moins, je ne vois pas comment l'oracle peut prétendre à ce qu'on le comprenne.

594 LE THIOMPIiK \>r\ LA SENSIRI LIT Ï5.

LE rniNCE.

Je ne l'entends (jue trop bien! non pas ses paroles, mais le

sens qu'elles caclieiU. (Se tournant vers le berceau.) C'e>t toi (|U On

veut que j'.ilcnidonne! Il finit te sarrifier! comme si c'était en me prcci|>itaiit dans l'aiiime fjne je pourrai jamais conq!j('iir le bonheur et le repos de l'âme!

MFHKULO.

L'arrct de Voracle priit, en effet, s'interpréter ainsi.

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