A MON AMI
digne d'amour dans une époque infâme, mais sa place au lit impérial, son nom d'impératrice.
Sans vouloir absoudre ou condamner tel ou tel personnage, fût-ce après dix-huit siècles, nous cherchions dans l'histoire romaine l'héroïne de ce drame. Mais laquelle choisir? — Parmi tant de noms fatals, illustres par le malheur ou par le crime, Octavie tout d'abord, la douce et chaste épouse de Néron, s'était présentée devant nous : la beauté, l'innocence, le malheur, cette triple couronne, — l'infamie d'un époux, ce monstre à face humaine, au besoin même l'excuse de la faute (faute non commise), rien n'eût manqué pour le drame à cette charmante figure. Mais Néron, tant de fois mis au théâtre, sans compter le chef-d'œuvre de Racine, Néron, chanteur et cocher, comédien-bourreau, nous semblait un peu trop connu, trop usé; la médaille, pour avoir trop longtemps servi de cachet, n'avait plus assez de relief. Nous pensâmes à Claude, non moins original et plus neuf, à Claude, ce vieux fou, ce maniaque, presque toujours grotesque, mais parfois terrible dans ses fantaisies.
Trois mots de Juvénal nous avaient décidés, trois mots féconds pour le poète dramatique :
Titulum mentita Lyciscœ.
De ce moment, notre pièce était faite.
Ce ne fut donc point Octavie, mais sa mère que nous choisîmes ; oui, cette femme, ou plutôt ce monstre, — celle-là même que Juvénal et Tacite ont marquée d'un fer rouge; celle qui, chaque nuit, dit l'impitoyable satire, dès que l'empereur, ivre de Falerne, avait fermé ses gros yeux lourds, se levait, silencieuse, et, s'enveloppant d'un manteau sombre, s'en allait par les rues, suivie d'une seule esclave, pour se livrer ^ans choix aux plus vils débauchés de Rome, sous le nom de Lycisca, la fameuse courtisane ; — celle qui, pour comble d'opprobre et d'audace, profitant d'un court voyage ou plutôt d'une longue ivresse de Claude, épousait publiquement