AUGUSTE MAQUET
Silius, vêtue en bacchante, aux lueurs des torches dans ses jardins; celle enfin qui fut Messaline !
Un pareil nom sur la scène française, c'était impossible; un tel personnage dans toute sa vérité légendaire, c'était monstrueux; un démenti formel à l'histoire, c'était absurde. Il fallait donc, avec plus ou moins d'adresse, tourner ce triple écueil, expliquer l'énigme, et, pour rendre l'histoire acceptable, inventer des ressorts qui pussent faire d'un personnage horrible et sinistre un rô!e intéressant.
L'entreprise était hardie, j'en conviens, presque téméraire; mais, auteurs dramatiques, et sachant tous deux notre Horace, nous avions le droit d'oser...
Pictoribus atque poetis Quîdlibet aiidendi semper fuit œqua potestas.
Nous osâmes. Heureusement pour nous et pour la pièce, il y avait à Rome une Lycisca; il y avait en outre au Palatin, tout près de l'impératrice, une autre femme plus ambitieuse, plus méchante, encore plus dépravée; une femme rêvant l'empire, et qui, pour atteindre son but, ne devait reculer devant aucune infamie, — Agrippine, c'est tout dire! Cette nièce de Claude, occupée nuit et jour avec son affranchi Pallas à creuser des sapes ténébreuses sous les pas de celle qu'elle voulait supplanter, on peut sans crainte l'accuser des plus atroces combinaisons : il serait impossible de la calomnier. N'est-ce pas elle qui, après avoir fait égorger sa victime prise au piège, la remplaçait immédiatement dans la couche impériale? N'est-ce pas elle qui, plus tard, aidée par Locuste, précipita dans les deux, comme dit Sénèque, ce Claude imbécile, pour régner sous le nom de son propre fils, qu'elle avait débauché? N'est-ce pas la mère de Néron?... Mais prenez garde, allaiton nous dire, vous justifiez Messaline, — Nous ? pas le moins du monde. C'est un problème que nous cherchons à résoudre, — dramatiquement, s'il est possible. Il y a dans la tradition deux Lyciscas, l'une vraie, l'autre fausse {titulum men-