ACTE III. i
Je n'ai qu'à souhaiter. — Ah çà! mais veux- tu rire?
MNESTER.
Eh! ma foi, c'est encor le meilleur!... vous avez Raison.
LYCISCA.
Où sommes-nous, dis donc?
MNESTER.
Vous le savez!
LYCISCA.
Si je m'en doute, moi, que Cerbère m'emporte!
Où suis-je? Où donc es-tu, Lycisca?... Mais qu'importe!
Feuille qui roule au gré de Zéphyre ou d'Auster,
Ai-je le droit de dire : Où suis-je? à Jupiter?
L'enfant abandonné, qu'un pêcheur de Calabre
Ramassa sur la dalle humide du Vélabre,
Doit vivre au jour le jour, et croire au lendemain :
Car Jupiter est bon! — il m'aime! — et, de sa main,
Parfois j'ai vu tomber, sur ma tête ravie.
Une perle, une fleur dont j'ai brodé ma vie! —
Buvons, Mnester, buvons! ce banquet radieux,
Ce portique embaumé sent les rois et les dieux!
Est-ce le vin de Crète aux parfums de verveines,
Ou le sang des Césars qui me brûle les veines?
Par le ciel ! je me trouve à ma place au festin,
Dans ce lieu rayonnant!... Fussé-je au Palatin,
Fussé-je dans l'Olympe enflammé, — que je meure.
Comédien, je me sens ici dans ma demeure!
MNESTER.
Plus bas! plus bas!
i38 VALÉRIA.
LYCISCA,
Plus haut! Du vin, mon cchanson!
Tout plein! La connais-tu, cette vieille chanson Qui dit à Jupiter, à tous tant que nous sommes : Il n'est qu'un seul bonheur pour les dieux et les hommes?
MNESTER.
Je ne la connais pas.
LYCISCA.
C'est un chant lesbien. Une cithare! Écoute! et d'abord verse bien!
Mnester détache une cithare suspendue à l'un des vases de fleurs. Lycisca prélude vivement. Elle chante :
C'est pour aimer que sur terre nous.sommes. Aux buveurs d'eau les froids sermons !
Il n'est qu'un seul bonheur pour les dieux et les hommes : Aimons!
Laissons les vieux, tristes, compter leurs sommes, Jupiter foudroyer les monts!
Il n'est qu'un seul bonheur pour les dieux et les hommes : Aimons!
MNESTER.
Ce n'est plus une femme!... Oh! quelle frénésie! C'est Vénus délirante et folle d'ambroisie.
La mort viendra, — cest le dernier des sommes...
Après avoir aimé, dormons!
Il n'est qu'un seul bonheur poui les dieux et les homm.es :
Aimons!
Au refrain de la dernière strophe, Pallas soulève une tapisserie. On voit
Agrippine qui désigne Lycisca à Claude, ivre d'hippomane.