ACTE III. i
LYCISCA.
Oui ma foi ! — Le fait est qu'on ne peut s'attendre, je le jure, A me trouver ici. — Quelle étrange figure ! Hé ! mon pauvre Mnester !... comme tu trembles!
MNESTER, jouant l'assurance.
Non!
LYCISCA.
Mais si !
MNESTER, toujours tremblant.
Madame...
LYCISCA.
Quoi! tu ne sais plus mon nom?
MNESTER, à voix basse.
Lycisca !
LYCISCA.
C'est heureux! je commençais à croire Que l'épouvante avait soufflé sur ta mémoire. Mais à propos, comment es-tu venu ?
MNESTER.
J'ai fait Ce qui m'était prescrit.
LYCSICA.
Prescrit?
MNESTER.
il Par le billet.
LYCISCA.
Le billet?
i36 VALERIA.
MNESTER.
Vous savez. . .
LYCiSCA.
Quelque énigme nouvelle !
Encor? Ces huit jours-là m'ont brouillé la cervelle! — Le souper nous attend!... Quel arôme divin ! Les myrtes de Vénus ont couronné le vin! Jette au vent la frayeur et les chagrins moroses. Viens t'asseoir!... Effeuillons le plaisir et les roses ! Saisissons le bonheur au vol ! — Par Jupiter !
Elle boit et lui passe la coupe.
Prends cette coupe et bois 1... J'ai de bon vin, Mnester.
MNESTER , tremblant, effleure la coupe de ses lèvres et la rend à Lycisca.
Vous avez de bon vin.
LYCISCA.
Que ton feu se ranime!
Vrai ! Tu ne pourrais pas, toi le grand pantomime, Toi, qui sur le théâtre as l'air si fanfaron, Me danser seulement la danse du poltron ! Courage donc! Sais-tu par hasard où nous sommes?
MNESTER, à part.
Hélas!
LYCISCA.
Plaît-il? Voyez un peu tous ces grands hommes? Je vais me repentir de t'avoir invité.
Invité, ce n'est pas le mot, mais souhaité... Car tu sauras, mon cher, qu'ici c'est mon empire :