ACTE I. I
AGRIPPINE
C'est faux; mes espions, surveillant chaque issue, Près du pont Janicule hier l'ont aperçue.
PALLAS
Ils vous trompent, vos gens! vous les payez si cher, Madame, qu'ils verraient en plein midi Vesper. Elle n'a pas bougé du palais.
AGRIPPINE
Sur ma vie!
Je soutiens, moi, Pallas, qu'on l'a vue et suivie.
PALLAS
Chimère!
AGRIPPINE
Je vous dis qu'on l'a vue ! Elle allait, Vêtue à la façon des femmes de Miiet, Toute seule; — elle a pris par le pont Janicule, Et mes gens l'ont perdue au carrefour d'Hercule.
PALLAS
A quelle heure?
AGRIPPINE
Hier soir.
PALLAS
Le conte est fait sans art :
L'impératrice alors jouait avec César.
J'ai ramassé deux fois, si j'ai bonne mémoire. Les dés de l'empereur et son cornet d'ivoire.
A qui donc me fier?
i6 VALERIA.
PALLAS
A vous! En vérité, Vous prenez le désir pour la réalité.
Vous êtes Toiseleur qui, guettant la colombe, Entend toujours le bruit de la trappe qui tombe : Cest démence...
AGRIPPINE
Pallas!
PALLAS
Je suis audacieux, N'est-ce pas? Voilà bien ce que disent vos yeux.
AGRIPPINE
Pallas!
PALLAS
Je parlerai! J'en ai le droit peut-être... Je joue ici ma tête.
AGRIPPINE
Alors, soyez le maître :
Puisqu'un secret fatal, un pacte enchaîne, hélas! La fille des Césars à l'affranchi Pallas!
PALLAS
Moins d'orgueil ! Je descends d'Évandre, ami d'Hercule,
Comme vous descendez du noble sang d'Iule :
Nos pères se valaient, et, sous le ciel romain,
Énée et mon aïeul se donnèrent la main.
Tous deux nous sommes faits d'une royale argile.
Et si vous en doutez, lisez-le dans Virgile. —
Pour frapper juste, il faut qu'ensemble nous frappions.