‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 12 sur 300 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Femme! quand j'ai les miens, pourquoi vos espions? Femme! notre secret, dans vos impatiences, Vous allez en charger cinquante consciences, Sans craindre que Narcisse aux regards vigilants N'en puisse acheter une et pénétrer nos plans. Et voir que vous voulez, par scandale ou par fraude. Perdre l'impératrice, afin d'épouser Claude. Quoi! ce mortel secret s'envole à peine éclos, Oiseau bavard, ayant à l'aile vingt grelots!... Sang de Germanicus, vantez votre famille ! Que n'êtes-vous son fils!... vous n'êtes que sa fille.

AGRIPPINE

J'ai tort.

PALLAS

Voyez Narcisse et Valéria, voyez, Pas une faute... non... pas une !

AGRIPPINE

Vous croyez?

Et Valéria, de nuit, par la ville déserte, — Dites, — ce n'est donc pas une faute?

PALLAS

Non certe.

Si l'armée, adoptant son fils Britannicus, Force Claude à chasser votre Domitius ; Quand cette femme aura tout ce qu'elle vous ôtc, Soutiendrez-vous encor qu'elle a fait une faute? AGRIPPINE , avec dédain.

Allons !

i8 VALERIA.

r ALLAS.

Vos espions, ces gens faits pour voir tout. Ne vous ont donc pas dit ce qu'aux ides d'août Trouva l'impératrice en sa course nocturne, Lorsqu'on la vit non loin du temple de Saturne?

AGRIPPINE

Non.

PALLAS

Plautius.

AGRIPPINE

11 est en Bretagne, à son camp !

PALLAS

Vrai?... Lorsqu'elle est allée au carrefour Toscan, Vous avez dû savoir — dans le mois où nous sommes - Qui l'attendait, la nuit, secrètement? — Deux hommes Deux vieillards : seulement l'un s'appelle Galba, Guerrier déjà fameux quand Tibère tomba. L'autre, vous devinez ? sa gloire le désigne, Madame ; il fait mouvoir cent mille hommes d'un signe !

AGRIPPINE

Corbulon !

Corbulon. Sans ordres, sans mandats.

Ces deux grands généraux ont quitté leurs soldats Pour vous donner l'orgueil de me dire à voix haute : L'impératrice a fait une bien lourde faute!

AGRIPPINE

Oui, Pallas, je le dis, et n'ai-je pas raison?

Une faute!... est-ce donc nouveau dans sa maison? —

kACTE I. 19

mère Lépida, bravant tous les scancales, Vit jeter son deuxième enfant nu sur les dalles, — La sœur de Valéria, — disparue en naissant. Chez eux tous, l'adultère a passé dans le sang : La fille vaut la mère. — Oh ! le fait est notoire, Et je n'invente pas cette fangeuse histoire.

PALLAS

Non... c'est bien constaté ; mais il serait plus long De prouver qu'en secret elle a vu Corbulon.

AGRIPPINE

Prouvons-le !

PALLAS

Prouve-t-on un vol d'oiseau qui passe, Et le cri qu'en fuyant il jette dans l'espace ? — Des preuves? — Si j'avais des preuves, par les dieux! Vous me verriez plus calme et le cœur plus joyeux.

AGRIPPINE

Joyeux ?

PALLAS

Je prouverais que Narcisse conspire Avec l'impératrice, et nous aurions l'empire.

AGRlPPiNE.

Eh ! quand vous prouveriez à Claude, vous, Pallas, Qu'on en veut à l'empire... il rirait aux éclats. Que lui font les complots de Galba, je vous prie ^ Il a ses papyrus venus d'Alexandrie.

Que lui fait Corbulon ? que lui fait Plautius?

20 VALERIA

Il a les cuisiniers qu'avait Apicius.

Que lui fait — je veux mettre ici la chose au pire —

Le brusque avènement de son fils à l'empire?

Il fera pour son fils, en bon grammairien,

La proclamation au camp prétorien.

Claude, c'est un savant, un poudreux antiquaire,

Pesant les mots, réglant les phrases à l'équerre.

Déchiffrant nuit et jour les livres de Numa,

Complétant l'alphabet par le double gamma ;

C'est un juge taquin, qui, des heures entières.

Chicane, envenimant les procès de gouttières;

Un burlesque Minos, enragé discoureur.

Qui ne tient pas du tout au métier d'empereur ,

C'est ce je ne sais quoi d'étrange, que sa mère

Appelait une ébauche informe, une chimère;

Peureux, qui, sous Caïus, a si bien contrefait

L'imbécile, qu'il l'est devenu tout à fait !

Pas toujours.

AGRIPPiNE.

Je le sais, — et d'ailleurs sa folie Dévore qui je hais, lorsque je la délie ; Lorsque, de cette main qui sait le contenir. Lui versant à mon gré l'oubli, le souvenir. Au vin de l'empereur je mêle l'hippomane, Poison mystérieux d'où le vertige émane ! — Non, vous ne connaissez Claude ni Valéria. Lui qui toujours trompé, toujours se maria, Claude n'a qu'un endroit vulnérable. — sa femme :

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