‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 197 sur 300 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Poitevin, qui le sait, ne m'a pas dit ce nom. Il m'aime pourtant, lui!... Quelle est donc cette femme? Malheureux!... Je comprends... c'est quelque grande dame! Et moi, que suis-je, hélas!... sans famille, — abrité Dans une maison noble, un jour, par charité, — Qui ne peux même pas dire en quelle chaumière L'œil du pauvre orphelin s'ouvrit à la lumière! — D'où vient alors, d'où vient qu'un rêve audacieux, Qu'un délire m'emporte aussi haut que les cieux?... Qu'en mes veines je sens bouillonner une lave. Et mon cœur à l'étroit bondir, comme un esclave Qui heurte à son cachot pour s'élancer au jour?... Quel immense désir et de gloire et d'amour?

* Insensé!

Un silence.

* Tu n'es rien ... qui peut t'aimer ? Personne ! —

* Toujours elle! toujours! Oh! comme je frissonne!...

* Un seul regard, pourtant, aux assauts meurtriers,

* Me rendrait formidable entre tous les guerriers!.,.

Avec tristesse.

Ce front pur, ce regard mélancolique et tendre.

Le reverrai-je?... Non, Je ne dois plus l'entendre

Cette voix, dont l'accent mélodieux, vainqueur.

Trouble encor ma poitrine et chante dans mon cœur!...

Il laisse tomber sa tête sur son sein avec découragement ; tout à coup les sons d'un luth se font entendre à quelque distance, puis une voix qui chante sur un mode triste et lent.

^A VOIX

Laissez-moi songer.

Songer à mon aise!

Plus rien qui me plaise, Tout vient m'affliger!

C'est elle

RAOUL, écoutant.

LA VOIX

Le chagrin qui pèse Sera plus léger!...

Laissez-moi songer, Songer à mon aise!...

RAOUL

Dieu !

LA VOIX

La mer est mauvaise!...

Pauvre passager, Le flot peut changer :

Attends qu'il s'apaise ! — Laissez-moi songer, Songer à mon aise!

RAOUL, écoutant toujours. Plus rien!

Il promène les yeux de tous côtés. — Un silence. Illusion!... mensonge!

Mais non, pourtant.... je veille... et ce n'est point un songe! Cette voix... Quelle est donc cette voix?

Il reste plongé dans une profonde rêverie.

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