RAOUL, LE DAUPHIN, OLIVIER
Tandis que Raoul, qui vient de s'asseoir sur le banc de pierre, est abîmé dans une sorte d'extase muette, Olivier escalade avec précaution le parapet crénelé. Il regarde de toutes parts avec une attention pleine d'inquiétude, puis il fait signe à quelqu'un de le suivre : c'est le Dauphin.
LE DAUPHIN, dont on ne voit encore que la tête et la poitrine, lui montrant Raoul, à demi-voix :
Compagnon,
Regarde. Connais-tu cet archer?
OLIVIER
Ma foi, non.
LE DAUPHIN
Encor faut-il savoir, avant que je l'accoste, Si l'on peut se fier à lui.
OLIVIER
Prenez son poste...
Rien que ces quatre mots : Camarade, à mon tour! Il comprendra.
Ils sont tous deux au fond du théâtre, à droite.
Ce moine est encor dans la tour?
OLIVIER
Encor.
LE DAUPHIN
Que Notre-Dame au danger le dérobe.
Le saint homme!... Je veux qu'il nous prête sa robe : C'est pour le prisonnier.
OLIVIER
S'il résiste, pourtant?
LE DAUPHIN
Garrottez-le.
OLIVIER
S'il crie?...
LE DAUPHIN
Ah! tu m'en diras tant!...
J'ai promis! on ne peut manquer à sa promesse. — Ce bon moine, s'il meurt, je lui fonde une messe. OLIVIER, la main sur son poignard.
Ainsi?...
Dur sacrifice! un chrétien le subit.
Après tout, ce qui fait le moine, c'est l'habit... Dépouille le bon père, et ne frappe qu'ensuite, A regret, — - s'il le faut, — pour assurer la fuite...
OLIVIER
C'est dit.
LE DAUPHIN
Je prends mon poste. — Et toi, l'oreille au guet. Attends mon signal...
OLIVIER
Bien.
LE DAUPHIN
Et monte avec Franquet.
Olivier escalade de nouveau le parapet crénelé; le Dauphin s'avance avec précaution à quelque di-tance de Raoul, toujours immobile et rêveur.