ACTE III
DE TILLAY
Je me domine.
* En voyant Monseigneur faire si bonne mine
* A tous ces courtisans, à monsieur de Brézé,
* Au connétable Artlius... me serais-je avisé?...
LE DAUPHIN
* Oui, je me laisse aller à ma franche nature;
* Je suis trop confiant!... Mais j'ai vu l'imposture.
* Des ingrats!... On en veut à ma vie, et j'y tien :
* Pour me laisser tuer je suis trop bon chrétien. —
* Mais ce n'est point de moi qu'il s'agit, frêle atome!...
* Tout va de mal en pis dans ce noble royaume;
* Et j'aime cent fois mieux les routiers, les brigands,
* Que tous ces fronts courbés de lâches intrigants!...
* Enfin, si Notre-Dame heureusement n'opère
* Sur l'esprit aveuglé de mon seigneur et père,
* J'ai grand'peur qu'il ne faille encor, moi son appui,
* Le défendre... ou, ma foi! le sauver malgré lui.
DE TILLAY
* Monseigneur, c'est bien là toute ma crainte.
LE DAUPHIN
Et celle
* De mes trois beaux cousins... La couronne chancelle!...
* Moi donc, puisque je pars sans doute après-demain,
* — Si pourtant l'imprévu ne barre mon chemin? — «
* Il faut, pour bien juger des effets et des causes,
* Qu'on me tienne au courant des plus petites choses...
* Surtout qu'on me devine, à demi-mot, de loin...
* Soignez mes intérêts, et de vous j'aurai soin.
* Bien, Monseigneur.
LE DAUPHIN
Beaucoup d'argent! point d'avarice! i
* Donnez. Ne craignez pas que la source tarisse :
* J'ai là mon Dauphiné. — Soldats et paysans,
* Achetez, achetez... même les courtisans;
* Tout est bon. Mais je tiens d'abord aux gens de guerre.
* Ils m'ont vu, Dieu merci, devant Dieppe naguère;
* Ils diront que je sais combattre, et que ce bras
* Peut vaincre aussi Talbot, sans faire d'embarras.
DE TILLAY
* Voilà bien. Monseigneur, pourquoi toutes ces haines :
* Tous sont jaloux de vous, ministres, capitaines.
* Ils ne pardonnent pas, ces débris du vieux temps,
* Sa jeune renommée au guerrier de vingt ans!
* Et je n'excepte aucun, ni Dunois, ni Lahire,
* Ni Daulon, ni Chabanne...
LE DAUPHIN
Oh! celui-là, messire,
* Nous pourrons nous entendre un jour, au bon moment
DE TILLAY
* Contre ceux du Conseil, mais voilà tout.
Comment?
* N'est-ce donc point assez? — J'aime fort qu'on s'expliqi