‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 233 sur 300 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

DE TILLAY

Je me domine.

* En voyant Monseigneur faire si bonne mine

* A tous ces courtisans, à monsieur de Brézé,

* Au connétable Artlius... me serais-je avisé?...

LE DAUPHIN

* Oui, je me laisse aller à ma franche nature;

* Je suis trop confiant!... Mais j'ai vu l'imposture.

* Des ingrats!... On en veut à ma vie, et j'y tien :

* Pour me laisser tuer je suis trop bon chrétien. —

* Mais ce n'est point de moi qu'il s'agit, frêle atome!...

* Tout va de mal en pis dans ce noble royaume;

* Et j'aime cent fois mieux les routiers, les brigands,

* Que tous ces fronts courbés de lâches intrigants!...

* Enfin, si Notre-Dame heureusement n'opère

* Sur l'esprit aveuglé de mon seigneur et père,

* J'ai grand'peur qu'il ne faille encor, moi son appui,

* Le défendre... ou, ma foi! le sauver malgré lui.

DE TILLAY

* Monseigneur, c'est bien là toute ma crainte.

LE DAUPHIN

Et celle

* De mes trois beaux cousins... La couronne chancelle!...

* Moi donc, puisque je pars sans doute après-demain,

* — Si pourtant l'imprévu ne barre mon chemin? — «

* Il faut, pour bien juger des effets et des causes,

* Qu'on me tienne au courant des plus petites choses...

* Surtout qu'on me devine, à demi-mot, de loin...

* Soignez mes intérêts, et de vous j'aurai soin.

* Bien, Monseigneur.

LE DAUPHIN

Beaucoup d'argent! point d'avarice! i

* Donnez. Ne craignez pas que la source tarisse :

* J'ai là mon Dauphiné. — Soldats et paysans,

* Achetez, achetez... même les courtisans;

* Tout est bon. Mais je tiens d'abord aux gens de guerre.

* Ils m'ont vu, Dieu merci, devant Dieppe naguère;

* Ils diront que je sais combattre, et que ce bras

* Peut vaincre aussi Talbot, sans faire d'embarras.

DE TILLAY

* Voilà bien. Monseigneur, pourquoi toutes ces haines :

* Tous sont jaloux de vous, ministres, capitaines.

* Ils ne pardonnent pas, ces débris du vieux temps,

* Sa jeune renommée au guerrier de vingt ans!

* Et je n'excepte aucun, ni Dunois, ni Lahire,

* Ni Daulon, ni Chabanne...

LE DAUPHIN

Oh! celui-là, messire,

* Nous pourrons nous entendre un jour, au bon moment

DE TILLAY

* Contre ceux du Conseil, mais voilà tout.

Comment?

* N'est-ce donc point assez? — J'aime fort qu'on s'expliqi

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