ACTE IV
LE ROI
Eh bien !
Monsieur de Cliâtillon, lui, n'a pas fait le sien : Ces brigands féodaux, il les protège, — ou tarde .A les punir. Soyez commandant de ma garde.
HAOUL.
Moi?
LE ROL
Vous le remplacez.
RAOUL
Sire, un pareil honneur!...
LE ROL
Je vous aime, Raoul! j'éprouve du bonheur
A vous voir. . . Qu'est-ce donc ?. . . Votre accent me péîiètre.
Je vous aimais, je crois, avant de vous connaître!
C'est étrange... Mais non... Raoul : tant de valeur!
Vous, si jeune, éprouvé déjà par le malheur!. .
Votre père adoptif, d'Harcourt, âme loyale,
Venait d'être égorgé pour la cause royale!
Puis, c'est votre courage, enfin, qui m'a rendu
Ce noble serviteur que je croyais perdu,
Jean Daulon... Je vous dois, Raoul, plus qu'à personne :
Sans vous, je n'aurais plus de fille!
RAOUL, à part.
Je frissonne...
Malheureux! il fallait mourir en la sauvant.
LE ROI
Quand la guerre vous eut éloigné, — bien souvent
Curieux, inquiet de tout ce qui vous touche, J'interrogeais Daulon. Mais c'est de votre bouche Que je veux tout savoir... Ne me refusez pas : Contez-moi votre enfance?
RAOUL
Elle est bien sombre, hélas!
C'est comme un souvenir lugubre, comme un songe Où ma pensée encore avec effroi se plonge.
Vous n'avez eu jamais de famille?
RAOUL
Hélas! non.
Où suis-je né?... Quel est mon sang? Quel est mon nom? Je l'ignore... Une image est pourtant là, fidèle : Je me vois, tout enfant, dans une citadelle. Dans un vieux château fort.
LE ROL
Vous, Raoul?...
RAOUL
Seul, toujours; Suivant l'ombre croissante au pied des larges tours. Triste, le cœur gonflé d'amertume et de larmes. N'entendant que le bruit des clairons et des armes. Tandis qu'un sombre archer, silencieux témoin, Semblait ne pas me voir et m'escortait de loin.
LE ROI
Oh! quel mystère!...