ACT^E IV
RAOUL
Alors, je ne pouvais comprendre Que nos champs ravagés, que nos villes en cendre N'étaient plus qu'un tombeau; que la France et le Roi Pleuraient aussi tous deux, et souffraient plus que moi !... On me faisait prier pour vous, Sire, et pour elle. ~ Un soir que dans ma chambre, au fond d'une tourelle, Je m'endormais, — soudain, je ne puis l'oublier. Aux rayons de la lune," un homme, un chevalier, Vêtu de fer, le casque au front, paraît ! . . . Était-ce un rêve ? Oh ! non ! Puis, s'élançant vers ma couche, il m'enlève Dans ses bras... Il versait des pleurs !... Mon cœurse fend. Sa voix, sa douce voix murmurait : « Pauvre enfant! »
LE ROI, à part.
Quel souvenir!... un spectre!... Et toujours il m'assiège! Toujours!
Haut.
Quel était donc ce chevalier?
RAOUL
Que sais- je?...
Il m'embrassa... Ce fut un éternel adieu!
LE ROI, à part.
Hélas! du pauvre enfant qu'avez-vous fait, mon Dieu?
RAOUL
Mais pourquoi le récit de ma triste fortune ? Pardon, Sire, je vois que je vous importune...
LE ROI, vivement.
Achevez, achevez, Raoul.
RAOUL
La même nuit, Quand je dormais, brisé de lassitude, un bruit Sinistre, épouvantable, éclate à mon oreille ! La citadelle en feu resplendissait, pareille Au vaste embrasement d'une ville!... Et des cris; Le carnage!... un assaut!... Le donjon était pris. Je veux fuir; l'escalier brûlant croule... Je tombe. Qui m'arracha vivant de cette horrible tombe? Dieu seul pourrait le dire, et je ne sais plus rien. Quand je rouvris les yeux, pourtant, je me souvien Que, sur un cheval noir, dans un galop rapide, Un jeune et beau guerrier, au visage intrépide, Mais doux comme celui d'une femme, en pleurant. Soutenait mon front pâle, et m'emportait mourant.
LE ROI
Jeanne d'Arc!
RAOUL
C'est ainsi que je me la figure, Sa bannière à la main, sous une blanche armure.
LE ROI
C'était elle !
RAOUL
Peut-être.
LE ROI
Après, Raoul, après?
RAOUL
Mais, soudain, mon regard se voila; j'expirais.