ACTE I
CLAUDE
Ah ! ah ! c'est l'accusé ? bien. — Le nom de cet homme?
SIL.IUS.
J'ignore si je suis accusé. Je me nomme Silius.
CLAUDE
Un nom volsque !
SILIUS
En maintes régions, César, j'ai commandé trois de vos légions; Et sur les bords du Rhin, où je campais naguère, Soldat de Corbulon, deux ans j'ai fait la guerre.
CLAUDE
Bien! —Silius!... ce nom me charme; il est ancien. Nous allons donc juger un vrai patricien. Je ne connaissais pas ce jeune homme; il s'exprime En termes fort choisis. Examinons son crime.
PALLAS
Et d'abord c'en est un de n'être pas connu De César. Chez César il n'est jamais venu î
Je respecte en César le premier de l'empire ; Mais enfin qu'ai-je fait ?
CLAUDE
Nous allons vous le dire.
Il consulte le dossier.
NARCISSE , à part.
Elle n'arrive pas!...
46 VALÉRIA
AGRIPPINE, bas à Pallas.
Vous l'accusez?... vraiment?
PALLAS, de même.
Pour Narcisse. D'ailleurs, c'est un remboursement. Et puis de ce débat va sortir quelque chose D'instructif pour nous deux, comme je le suppose.
CLAUDE, à Silius.
Oh ! vous êtes chargé d'un fait bien criminel.
SILIUS
Moi, César?... Je vis seul au foyer paternel,
Loin des quartiers bruyants, caché dans ma demeure;
Si bien qu'on me faisait reproche tout à l'heure
De n'être pas venu, parmi les suppliants,
Grossir au Palatin la foule des clients.
Près de mes grands aïeux, qui me donnent l'exemple,
Je vis dans l'atrium paisible, où je contemple*
Mes armes de soldat, amis fermes et doux
Qui nous font respecter des autres et de nous.
Je n'ai donc rien commis qui soit répréhensible,
Un crime encor bien moins. César, c'est impossible!
CLAUDE
Ne vous tourmentez pas, les faits seront prouvés.
PALLAS
Dites, VitelliuSj tout ce que vous savez.
SILIUS
Ah ! c'est Vitellius, cet homme, qui m'accuse ?
Bien ! je comprends alors : mon crime est sans excuse.