ACTE I
Je n'ai pas mérité ce qu'elle dit de moi !
A Silius. N'est-ce pas, n'est-ce pas qu'elle est fausse ?
CLAUDE, à Silias.
Est-ce toi?
SILIUS
J'en rougis, — elle offense une femme!...
NARCISSE
Il avoue !
AGRIPPINE
Un exemple, César ! Depuis longtemps on voue A l'opprobre le nom sacré de Valéria.
Celle que trop souvent dans Rome on décria Doit répondre bien haut, pour n'être pas flétrie !
VALÉRIA
Ne me défendez pas, madame, je vous prie.
CLAUDE
Les vieux Romains, — on dit qu'ils ne mentent jamais : On dit qu'ils sont heureux et braves ! Je promets D'en faire aujourd'hui même une épreuve hardie. — Silius ! on m'envoie exprès de Numidie Un tigre et deux lions qui feront dans mes jeux Merveille, combattus par un bras courageux. Ces lutteurs rugissants que mon peuple idolâtre, Tu vas les attaquer seul dans l'amphithéâtre, "Vieux Romain de Brutus, le dernier du parti !... Va! prouve à mes lions que tu n'as pas menti.
VALÉRIA
Un sénateur combattre ainsi comme un esclave, César ?
C'est notre injure à tous deux que je lave!
VALÉRIA
Je ne veux pas 1
NARCISSE
Madame, Agrippine vous voit.
CLAUDE, à Silius.
Tu m'as bien entendu, j'espère, — obéis!
SILIUS
Soitl Aux arènes ! — J'ai seul combattu près de Trêves Dix Germains. Ils avaient au lieu de dents leurs glaives, Au lieu d'ongles tranchants leurs javelots de fer. Vos lions n'auront soif que du sang de ma chair; Les Germains avaient soif, dans cette lutte horrible. D'honneur! de liberté ! — C'était bien plus terrible!
CLAUDE
Aux lions ! aux lions ! Porte-leur tes défis.
11 s" élance vers la porte tandis qu'on emmène Silius.
VALÉRIA
Je n'irai pas.
NARCISSE
Madame, au nom de votre fils !
VALÉRIA
De mon fils ! de mon fils !
Soyez mère, et non femme.