‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 4 sur 300 · AUGUSTE MAQUET · texte numérisé non relu

AUGUSTE MAQUET

esprit délicat, bienveillant, très-ami des audaces littéraires, avait monté ce drame avec un soin tout particulier. Provost était merveilleux de fantaisie et d'originalité sous le masque de Claude. Quant à Rachel, ceux qui ne l'ont pas vue dans son double rôle d'impératrice et de courtisane, ne connaissent qu'imparfaitement toute la souplesse, toutes les nuances multiples de ce prodigieux talent. Quelle majesté souveraine, quelle ardente et noble passion, quel superbe dédain, lorsque paraissait l'impératrice! Puis, comme par enchantement, dans l'espace d'un éclair, c'était la grâce et le charme irrésistible, le délire... C'était la folle courtisane de Milet, ivre d'amour et de vin de Chypre, la bondissante ménade aux fêtes nocturnes du Cithéron.

Eh bien! dans ce triomphe, au milieu des applaudissements que soulevait autour d'elle la grande tragédienne, c'est alors que Valéria disparut tout à coup pour ne plus reparaître, absolument comme le Testament de César. — A qui la fauter Au sujet peut-être : ces drames romains sont périlleux de nos jours; on s'y heurte sans cesse à des rencontres involontaires, à des analogies qu'on ne cherchait pas. La flèche parfois touche un but qu'elle était bien loin de viser. Il ne faut qu'une phrase, un mot, un geste! Rappelez-vous que Cinna, ce chef-d'œuvre de Corneille, fut lui-même sourdement proscrit pendant toute l'année 1848, à cause d'un seul vers, de ce vers fameux :

Le pire des Etats, c'est l'Etat populaire.

Tous les régimes ont leur côté sensible et vulnérable.

Et maintenant, cher ami, la pauvre Valéria dort couchée sous la même pierre que l'incomparable tragédienne.

Où trouver désormais une Rachel? C'est l'inévitable destin de certaines œuvres où l'artiste a laissé de trop profo. ds souvenirs.

Et Catilina, cette magnifique tragédie romaine en prose où Mélingue a trouvé sa plus fière création peut-être, à qui le

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