A MON AMI
tita). Le drame n'en aura qu'une, la vraie. L'impératrice et la courtisane y seront, comme dans la satire, fatalement liées l'une à l'autre, inséparables, deux êtres n'en formant qu'un, une seule et même personne dans le plan d'Agrippine.
Puisque l'impératrice, au dire de Juvénal, prenait le nom et la chambre de Lycisca, si connue dans Rome, il fallait nécessairement qu'elle lui ressemblât assez pour donner le change. Agrippine le savait (nous le supposons); elle seule aurait pu dire le mot de l'énigme; mais l'impératrice, égorgée à la hâte en même temps que Lycisca, restait pour Claude et pour tout le monde ce qu'elle est dans Juvénal, l'auguste courtisane {augusta meretrix).
Qu'on oublie un instant ce nom terrible... Messàline, pour ne songer qu'à Valéria, comme elle se nommait aussi : Valéria, un nom vague et banal, qui n'éveille aucun souvenir bon ou mauvais. Ce n'est plus dès lors que la femme de Claude, une des nombreuses femmes qu'il épousa tour à tour; car, ainsi que plus tard Henri VIII, Claude était né mari; il ne pouvait supporter vingt-quatre heures de veuvage, et, sa femme à peine morte ou répudiée, il en épousait tout de suite une autre pour n'avoir pas de maîtresse.
— Voilà bien des paradoxes ! va-t-on nous dire encore. — Peut-être; mais au théâtre, le paradoxe n'est pas défendu, pourvu qu'il soit dramatique. Horace Walpole n'aurait pas notre excuse, lui qui, dans une grave dissertation historique, réhabilitait Richard III.
Croyez-vous, cher ami, qu'il y ait encore des gens sérieux qui nous accusent sérieusement d'avoir voulu réhabiliter Messàline? Moi, j'ai peine à le croire.
Souvenez-vous, cher et vaillant collaborateur, du 28 février i85i ? Ce fut pour nous et pour notre drame une belle soirée, n'est-ce pas? une des plus belles de notre vie dramatique. Quel succès ! du parterre aux loges quels chaleureux applaudissements ! Il est vrai que la pièce était jouée dans la perfection; la Comédie-Française, administrée alors par un poète,