ACTE IL
CÉCINA
Comment? Toi, des rébellions!
Te faire condamner par César aux lions.. . Un noble!... Injurier l'impératrice !... un sage!
SILIUS
Je t'écrivais...
CÉCINA
Je sais qu'on a pris le message.
Aussi pourquoi m'écrire une lettre en fureur, Contre la pauvre femme et le pauvre empereur?
SILIUS
Tu viens de respirer deux ans l'air de la Grèce, Ce pays des amants qui, dans leur folle ivresse. Cueillent la fleur du jour sans croire au lendemain. On voit bien, Cécina, que tu n'es plus Romain !
CÉCINA
Eh I bons dieux I laissons là les affaires de Rome. Brutus est mort. — On a le bronze au lieu de l'homme. En bronze, rien n'est beau comme un républicain 1 — Valéria trouve Claude assez laid... Par Vulcain ! Est-ce un tort ? Pour si peu faut-il qu'on la flétrisse? Cela prouve qu'elle a bon goût, l'impératrice. — - Ta morale n'est pas du siècle, en vérité ! Un peu plus, tu mourais pour avoir insulté La belle jeune femme, et c'était ridicule 1 Mais Rome enthousiaste a sauvé son Hercule ; Te voilà populaire ! — Est-ce que, par hasard. On voudrait, pauvre ami, te proclamer César?
72 VALÉRIA
SILIUS
J'étais, malgré le peuple, à mon heure fatale, Sans la protection de la grande vestale, Quand Valéria, perdant connaissance, cria : Grâce !
CÉCINA
Elle a crié grâce ! Et pour toi ! Valéria? Pour toi, l'impératrice a perdu connaissance?
SILIUS
Enfant !
CÉCINA
Et tu n'es pas fou de reconnaissance ? Tu ne vas pas, mortel sublime, égal aux dieux, Frapper avec ton front les palais radieux? Je ne la connais point, cette adorable femme. Je ne l'ai jamais vue, hélas ! Mais, sur mon âme! Si, pour moi, seulement elle eût dit oui ou non, Je baiserais la terre en proférant son nom!
SILIUS
L'an dernier, tu n'étais donc pas dans l'Ionie, Lorsqu'elle s'en alla fonder la colonie ?
CÉCINA
Si vraiment. Je comptais même faire ma cour; Mais à Smyrne, où j'étais, elle ne fut qu'un jour. Et ce jour-là, — voyez quelle bizarrerie 1 — Une aventure... non, une galanterie...
Non, un amour terrible, allumé tout à coup. Me prit, m'accapara douze heures.