‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 57 sur 300 · ACTE II. 8i · texte numérisé non relu

ACTE II. 8i

Mes ennemis .. Qu'importe! ils avaient leurs raisons!... Mais vous ! vous!... Me voici ! Jetez-moi donc en face. Si je Tai mérité, ces mots que rien n'efface ! Dites, pourquoi m'avoir outragée à ce point? Dites, que savez-vous de moi? N'hésitez point! Dites... Je ne suis pas ici l'impératrice, Mais une femme !... Ici je demande justice !

SILTUS.

Je demeure confus.

VALÉRIA

« Valéria, je la hais !

(( Si tu la connaissais comme je la connais ! » Vous l'avez dit ! — Eh bien ! Valéria, cette femme Que vous haïssez tant, — qu'est-ce donc?

SILIUS

C'est, madame.

L'héritière d'un nom qui ne s'éteindra pas ; C'est l'heureuse, l'auguste im.pératrice.

VALÉRIA

Hélas !

Hélas! heureuse! auguste!... Oui. — J'avais une mère, Les calomniateurs ont fait sa vie amère; Ils ont pris dans ses bras un enfant nouveau-né. Sur le pavé de Rome ils l'ont abandonné : — C'est ma honte ! Je suis fille de cette femme ; Sœur d'un enfant perdu dans le Vélabre infâme! — Je grandis, le cœur plein de rêves éclatants. Plein d'espérances, fleurs des âmes de vingt ans... Laissez-moi dire... Au fond du Palatin, dans l'ombre.

82 VALERIA

Végétait lourdement un fou grotesque et sombre,

Élève d'un cocher... la fable, le plastron

De la Cour, — imbécile, irascible et poltron.

Eh bien! cet idiot, moi, presque enfant. — Tibère

Me le fit épouser... La fille de ma mère !

C'était là trop d'honneur !... un nom comme le mienl —

Heureuse! auguste!... Oh! oui, vous méconnaissez bien!

SILIUS

Madame...

VALÉRIA

Un soir... voyez le bonheur me poursuivre! On venait d'égorger Caïus... Un soldat ivre, Qui, chargé de butin, pliait sous le fardeau. Vit un homme tremblant, caché sous un rideau. Cet homme criait grâce et pleurait... c'était Claude, Mon époux!... Le soldat, gêné dans sa maraude. Voulait tuer d'abord ce fou plein de terreur; Mais il trouva plaisant d'en faire un empereur!... A moi, cent millions d'hommes que mon caprice Enchaîne, prosternés devant l'impératrice ! A moi, les cris d'amour, les splendeurs; — mais, rampants, Ces hommes tout à coup se relèvent serpents î Ces acclamations deviennent des huées; Ces splendeurs, c'est Téclair déchirant les nuées! Et moi, triste, en mes cieux rayonnants et déserts, J'habite seule, en proie aux tempêtes des airs; Serrant sur ma poitrine un pauvre enfant qui tremble... Que toutes ces fureurs enveloppent ensemble. Reptiles, ouragans, tonnerres embrasés, —

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