ACTE II
Mensonge! hypocrisie ! orgueil ! — J'eus un accès
De fureur !... Je sentis que je la haïssais!
Depuis ce temps, brûlé de sacrilèges flammes,
J'ai fui pour ne jamais rencontrer ces deux femmes.
J'outrageais l'une afin d'oublier l'autre !... Non !
L'outrage a, dans mon cœur, mieux imprimé ce nom.
En moi je porte un crime impardonnable, immense.
Qui, seul, épuiserait toute votre clémence ;
Un crime dont souvent mon âme s'effraya :
Je hais l'impératrice, et j'aime Valéria !
VALÉRIA
Toujours l'impératrice emmène son cortège D'esclaves, de licteurs armés, — qui la protège. Sans gardes, sans licteurs, j'arrive seule ici; Voyez, c'est Valéria !
SILIUS
Valéria ! vous ! — Ainsi, Lorsque vous avez pris ce matin ma défense ?...
VALÉRIA
Moi, je vous admirais.
SILIUS
Quand, malgré mon offense, Vous avez refusé d'aller me voir mourir ?
VALÉRIA
Je vous plaignais.
SILIUS
Et quand, prompte à me secourir.
En étendant la main, vous avez crié : Grâce !...
VALERIA
Je vous... Non!... entre nous trop de honte s'amasse... Vous m'avez fait rougir. Je n'oserai jamais !
Achevez ! achevez !
VALÉRIA
Eh bien ! . . . je vous aimais !
SILIUS, tombant à genoux.
Dieux !... Je meurs à vos pieds!... Je me repens, madame- Pardon! pardon! pardon! — Vous êtes, noble femme, Ce que j'aime à la fois et respecte le plus En ce monde !...
VALÉRIA^ le relevant.
En ce monde à sauver, Silius ; Car tout penche et s'écroule, — étayons l'édifice. Tu connais Valéria, connais l'impératrice. Ami, depuis deux ans, je cherche sans repos, Sur les bancs du sénat comme sous les drapeaux, Dans le peuple, — celui dont le bras peut suffire A porter avec moi le fardeau de l'empire ; Depuis deux ans, j'essaye en vain de balayer Et l'esclave et le traître assis à mon foyer : Narcisse avec Pallas, l'intrigue et la rapine. Or, il faut protéger mon fils contre Agrippine, Au besoin contre Claude ; il faut tout hasarder Pour mon fils, tout pour moi, — sans me rien demander ; Car moi je ne suis pas libre, et, comme je t'aime, Je tiens à ton respect, au respect de moi-même. —