ACTE II
VALÉRIA
Vous partiez?
SILIUS, à Chryson.
Bien, Chryson, je ne pars pas; merci 1 Chryson sort.
Madame, écoutez-moi, pour me connaître aussi. Quand vous me racontiez, en paroles de flamme, Vos tortures, — tout bas je disais : Cette femme. Le soleil n'a rien vu de si parfait encor : Noble statue, au front ceint de perles et d'or. Elle va s'engloutir dans la fange qui monte Sans cesse autour du trône impérial !... O honte! Souveraine du monde, elle est esclave, hélas l Narcisse, un affranchi, la rassure.... Pallas L'épouvante.... Mnester la distrait.... Quoi! si belle, N'avoir rien qui soit pur, honorable autour d'elle ! Flétrie au noir contact de ces cœurs venimeux, La vertu deviendrait venimeuse comme eux. Qui sait pourquoi, le soir, l'impératrice est sombre? Pourquoi l'impératrice est pâle quand fuit l'ombre ? A qui dit-elle enfin, dans ses mornes ennuis. Le secret de ses jours... le secret de ses nuits?
VALÉRIA
A qui dit-on : Je souffre ! à qui dit-on : Je pleure? A l'ami. — Nuit et jour, au seuil de ma demeure, Mille prétoriens debout, l'épée au poing, Veillent, — et nuit et jour l'hôte qu'on ne voit point, Se glissant à travers leurs cohortes trompées. Le désespoir, vers moi, passe entre leurs épées ! II. 8
86 VALERIA
Me confier à qui ? J'ai quitté mon palais ;
J'ai tout bravé, la honte et la mort!... Voyez-les^
Agrippine et Pallas... Ils me suivent peut-être.
Moi femme, suppliante, ainsi qu'aux pieds d'un maître,
Je viens chez Silius, noble entre les Romains ;
J'ai, comme un livre ouvert, mis ce cœur dans ses mains;
Et Silius, au lieu de consoler la femme
Qui tremble, qui gémit et pleure, et qu'on diffame ;
Silius se détourne, et, couronnant l'affront,
Me demande pourquoi la pâleur de mon front !
SILIUS
Eh bien! je parlerai !... Vous allez me comprendre.
L'an dernier, j'arrivais de la Gaule, pour rendre
Mes comptes à César. Je vis au Palatin,
Sous les ombrages verts, dans l'azur du matin,
Une femme, suivant des yeux, tendre et jalouse.
Son fils qui ramassait des fieurs dans la pelouse.
Elle ne marchait pas : elle effleurait le sol ;
Elle était le parfum des cieux, — l'âme en son vol !
Sur les gazons d'argent Phœbé glisse moins blanche !
Cette femme, au front pur et suave qui penche.
Ivre et fou pour l'avoir regardée un moment,
Je m'enfuis!... Je l'aimais! jeFaim-e éperdument!
Le lendemain, je cours au palais; en litière
Une femme sortait, riche, parée, altière.
Cette femme, au regard fourbe, au geste hardij
Sur l'épaule de Claude, immobile, engourdi,
Appuyait une main, et, pleine d'artifice.
Livrait l'autre au baiser de l'affranchi Narcisse.