ACTE I. i8i
Mais à mon héritier je pense constamment :
Tirant un parchemin roulé d'un pli de sa toge. L'avenir est en lui ! Voici mon testament.
ANTOINE
César î...
CÉSAR
Seul il contient ma volonté suprême :
C'est le dernier en date; il est de ce jour même, Rédigé de ma main et scellé de mon sceau. Après moi, je désigne un pilote au vaisseau.
ANTOINE
Que veux-tu?
CÉSAR, ouvrant une armoire secrète.
Grave bien ceci dans ta mémoire :
Que mon testament reste au fond de cette armoire. La serrure à secret, tu le vois, est ici ; Une seule clef l'ouvre, une clef que voici.
ANTOINE
Bienl
Je mets ce rouleau dans l'armoire, et la ferme; Et je dis au consul, au guerrier noble et ferme, Au frère de César, à cet ami discret.
Au seul cœur où je puisse épancher un secret, A Marc-Antoine enfin, je dis : L'heure est prochaine! Prends cette clef d'or, passe à ton cou cette chaîne; Ne la quitte ni jour ni nuit : tu le promets!
i82 LE TESTAMENT DE CÉSAR.
Surtout ne la confie à personne, jamais! Et si je tombe, accours, ouvre cette cachette. Prends ce rouleau; qu'alors ta main le décachette; Puis, devant tout le peuple, Antoine, hautement, Lis mon seul véritable et dernier testament.
ANTOINE
Il sera fait selon ta volonté.
CÉSAR
J'y compte.
Ce qui meurt, c'est le corps, tu le sais. On raconte Que notre âme toujours, notre spectre souvent, Plane autour de l'ami que nous laissons vivant. Eh bien! reconnaissante, âme ou spectre, mon ombre Ne frappera jamais ton front d'une aile sombre ! — Mais parlons d'autre chose, Antoine.
ANTOINE
Par Plu ton !
Tu me roules vivant du Styx au Phlégéthon ; Et tu crois qu'il suffit, quand je suis tout morose, De me dire : Parlons, Antoine, d'autre chose! En vérité, j'ai beau vouloir, je reste coi; Je suis muet! Parlons d'autre chose; et de quoi? J'étouffe!... Oh! tu n'es pas égayant dans ton style, Et j'aurais grand besoin de voir danser Bathylle. Allons, allons, je cours au champ de Mars!... adieu! Je vais lancer le disque et m'étourdir un peu. La clef d'or, dis un mot, je te la restitue;