‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 109 sur 211 · ACTE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I. i

Ne menacèrent plus d'écraser un mortel!...

César est dieu; César, vivant, a son autel 1

César au Capitole a même une statue

Entre celle des rois : privilège qui tue ! —

Le bonheur sur mes yeux n'a pas mis un bandeau ;

Et je vois par moments, derrière ce rideau

Fait de pourpre, de soie et d'or, flotter une ombre;

Et c'est dans mon soleil comme une tache sombre!

ANTOINE

Derrière ce rideau de pourpre aux franges d'or, Je vois un trône, un sceptre, une couronne encor.

CÉSAR

C'est possible; mais là. César comme Alexandre, Ne pouvant plus monter, est forcé de descendre. Eh bien! pour m'épargner, en tombant, un remord, Ami, j'ai voulu tout prévoir, même ma mort!

ANTOINE

Ta mort? As-tu donc vu dans l'ombre, triste augure, Se pencher sur ton lit quelque pâle figure? Entendu quelque oiseau funèbre ce matin ?

Mon expédition chez le Parthe lointain.

Ce rêve de quatre ans, bientôt je la commence;

Et c'est le premier pas dans une arène immense!

J'ai de vastes projets, un sublime dessein

Qui n'est pas assez mûr pour tomber dans ton sein :

11 faut que ma pensée encore le contienne.

i8o LE TESTAMENT DE CESAR.

Et j'en prendrai ma part en te gardant la tienne. Mais dans ces durs climats, si mes vœux sont déçus, Je puis laisser ma tête, — aussi bien que Crassus !

ANTOINE

Le héros que partout la victoire accompagne, Le conquérant du Pont, des Gaules, de l'Espagne, Doit-il se comparer à Crassus? et les dieux Laisseront-ils s'éteindre un front si radieux ?

CÉSAR

Il ne faut qu'un serpent dans l'herbe que l'on foule, Il ne faut qu'un poignard élancé de la foule, Il ne faut qu'un accès de fièvre; et ce flambeau N'a plus même de quoi brûler sur un tombeau!

ANTOINE

Tu parles de poignard, et de fièvre, et de tombe!...

Passant une main sur ses yeux.

Et voilà maintenant une larme qui tombe... Vois, j'en suis tout honteux!... Moi qui sers ton autel, César, je m'accoutume à te croire immortel! Parle-moi d'un trépas sur le champ de bataille. Fort bien ! cela me plaît : mais quelque ignoble entaille Par où l'àme s'échappe, un infâme couteau !... Vraiment, c'est à cacher ses yeux dans son manteau!

Il détourne la tête.

CÉSAR

Tu m'aimes, j'en suissûr, mon vieux compagnon d'armes! J'ai vu ton brave cœur rayonner dans tes larmes.

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