ACTE I. i
César ! — Y perdez-vous ?
CÉSAR
Oh ! non. Périsse Homère, Et tous les fils d'Athène avec leur noble mère ! Et vive Cléopâtre, étoile du matin ! — Mais la reine d'Egypte à Rome, au Palatin ? C'est un rêve!
CLÉOPATRE
César, écoutez, je vous prie :
Deux coffres tout pareils venaient d'Alexandrie. J'étais dans l'un, parmi les roses, frais cachot; Vos poètes dans l'autre avaient un peu plus chaud. Mes esclaves sans doute auront pris l'un pour l'autre, Et chez vous ont porté mon coffre au lieu du vôtre. Je les ai laissés faire.
CÉSAR
Oh ! que vous êtes bien L'aventureuse enfant du fleuve nubien; La nymphe qui, nageant parmi les groupes d'îles, Cueille des fleurs dans l'herbe où sont les crocodiles! Si le chemin est droit, vous faites un détour. Et cherchez le péril comme on cherche l'amour!
Quand le péril conduit à l'amour, que m'importe?... Je demande au péril qu'en ses bras il m'emporte! Vers l'amour, vers César lorsque volent mes pas, Le dragon de Colchos ne m'arrêterait pas !
i86 LE TESTAMENT DE CESAR.
CÉSAR
Vous régnez sur le Nil; mais dans les froides zones, N'étiez-vous pas jadis reine des Amazones?
CLÉOPATRE
Ah! la métempsycose ! Y croyez-vous?
CÉSAR
J'y crois.
CLÉOPATRE
Eh bien ! je m'appelais Antiope autrefois.
CÉSAR
En quel temps?
CLÉOPATRE
En quel temps? La réponse est aisée :
C'est du temps que les Grecs vous appelaient Thésée.
CÉSAR
Est-ce tout?
CLÉOPATRE
Non, vraiment. Je pris un autre corps, Et je fus Aspasie.
Et moi, qu'étais-je alors ?
CLÉOPATRE
Oh ! vous le savez bien, car la chose est certaine : Vous étiez Pcriclès, la lumière d'Athène !