‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 141 sur 211 · I . Je veux vivre, et je vis · texte numérisé non relu

I . Je veux vivre, et je vis

1 CÉSAR

Je n'ai donc point reçu, Brutus, un faux avis?

BRUTyS .

Quand ?

CÉSAR

Ce soir. On m'a dit : Crains Brutus 1

Qui?

CÉSAR, lui montrant une feuille de laurier.

Regarde.

BRUTUS

Ce laurier! que veut-il dire?

CÉSAR

« César, prends garde ! »

BRUTUS

A qui donc ?

CÉSAR

A Gurgès, à Cimber, à Casca, Au jaloux Cassiusqui toujours se masqua, Et dont la sourde haine, au fond d'une âme obscure, Se voile gauchement sous les fleurs d'Épicure; A Cinna le poète, a Ruga le changeur.

Qui raclerait le casque en or de Mars vengeur ; A tous ces chevaliers, flétris par ma censure; C'est-à-dire, prends garde à l'envie, à l'usure, A la gloutonnerie, à la brutalité.

Ces reptiles fangeux de la société ! — Où sont les gens de bien, et qu'est-ce que nous sommes, Puisque Brutus se ligue avec de pareils hommes; Puisque, pour voir enfin le tyran abattu, Il faut qu'avec le mal conspire la vertu? Sous leur austérité je voudrais que tu visses Ces faux Cincinnatus, au cœur rongé de vices! Prends garde à toi, Brutus! près d'eux voile ton front... Tu veux les rendre purs... c'est toi qu'ils souilleront!

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