‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 16 sur 211 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ŒDIPE, LE CHŒUR des vieillards théhains, PEUPLE, etc.

ŒDIPE, sur les degrés du palais.

O vous qui suppliez, si vous voulez m'entendre, Et contre le fléau m'aider à vous défendre, Témoin de vos douleurs, je puis les soulager. Étranger à ce crime, à l'oracle étranger, N'ayant aucun indice, en cette ombre profonde. Je crains d'errer longtemps si Ton ne me seconde. Moi, citoyen nouveau de l'antique cité, Voici donc, ô Thébains, voici ma volonté : Celui de vous qui sait par la main de quel homme Ce fils de Labdacus a péri, je le somme De me révéler tout, de ne rien déguiser ! S'il tremble et ne veut pas lui-même s'accuser, Qu'il délivre en fuyant ce pays qu'il opprime : Nul autre châtiment ne poursuivra son crime. Si par un étranger le meurtre fut commis, Au dénonciateur mes bienfaits sont promis; Qu'il parle ! — Mais, rebelle à mon ordre suprême. Craignant pour un ami peut-être, ou pour lui-même, Si l'homme qui pourrait parler ne parle pas.

Apprenez le destin que j'attache à ses pas !

Quel qu'il soit, je défends à tout ce qui respire

Dans cette région soumise à mon empire,

De parler à cet homme, opprobre des mortels,

De l'admettre au foyer, de l'admettre aux autels,

De souffrir qu'avec nous jamais il sacrifie,

Et qu'il trempe sa main dans l'eau qui purifie !

Mais tous, de vos maisons, loin du seuil paternel,

Comme un fléau vivant chassez le criminel!

* Tel est l'ordre du dieu qu'à Delphes on révère.

* Voilà comme je venge, équitable et sévère,

* Apollon, et ce roi du cotip mortel frappé !

* Je maudis l'assassin dans l'ombre enveloppé Je le maudis, qu'il ait ou n'ait pas de complice :

Dieux! que ses jours proscrits ne soient qu'un long supplice!

Et si je consentais qu'à mon propre foyer

Il vînt jamais s'asseoir, — puissent me foudroyer

Les maux que ma prière appelait sur l'infâme !

Faites donc, ô Thébains, tout ce que je proclame.

Pour moi, pour Apollon, pour ces champs dévastés

Que les moissons, hélas! et les dieux ont quittés.

Il descend les marches.

Quand bien même l'oracle eût gardé le silence, j

Il ne convenait point de laisser sans vengeance ]

Le meurtre du meilleur des hommes et des rois.

Non, il fallait punir! — Aujourd'hui, sous mes lois C

Est rangé ce pays, dont sa main fut gardienne ;

Sa couche m'appartient, son épouse est la mienne; i

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