ACTE II
Et nos fils, confondus dans les mêmes liens, Seraient frères... La mort a frappé tous les siens : Il est tombé, ce roi qui fut longtemps prospère! Je le vengerai donc comme on venge son père. Oui, je découvrirai l'assassin de Laïus, Ce reste précieux du sang de Labdacus, Lui qui de Polydore, en sa haute fortune. Remonte par Cadmus jusqu'au fils de Neptune. Ceux qui nous braveraient et que nous maudissons, Puissent-ils voir, grands dieux ! leur terre sans moissons, Leurs femmes sans enfants !. . Qu'un fléau sur eux tombe, Plus cruel que celui qui nous jette à la tombe ! — Pour vous qui respectez mes ordres, que toujours La justice et les dieux accompagnent vos jours.
LE CORYPHÉE
O roij je parlerai : ton courroux me l'ordonne. Je n'ai point fait ce crime, et n'accuse personne; J'ignore l'assassin. Mais Apollon, je croi, Devait nous découvrir le meurtrier du roi.
ŒDIPE
Tu dis vrai. Mais qui peut contraindre sur la terre Les dieux à révéler ce qu'ils veulent nous taire?
LE CORYPHÉE
Puis-je te proposer un avis, un second ?
ŒDIPE
Fût-ce un troisième encor, tu le peux ; qu'est-ce donc?
LE CORYPHÉE
Le grand Tirésias, comme Apollon son maître, Embrasse l'avenir ; et, grâce à lui, peut-être Avec plus de clartés on marcherait au but.
ŒDIPE
Je n'ai pas négligé ce moyen de salut. Sur l'avis de Créon, il m'a donc paru sage De mander le vieillard par un double message: Je m'étonne qu'il ait jusqu'à présent tardé.
Tous ces bruits sur Laïus n'avaient rien de fondé.
ŒDIPE
Quels sont ces bruits ? Je veux tout savoir; je t'écoute.
LE CORYPHÉE
Des voyageurs l'auraient égorgé sur la route...
ŒDIPE
On me l'a dit aussi. Mais nul témoin.
LE CORYPHÉE
O roi, Le coupable, s'il est accessible à l'effroi, Ne pourra soutenir cette horrible tempête. Ces imprécations dont tu charges sa tête.
ŒDIPE
Qui sans peur fait le crime aura-t-il peur d'un mot?