‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 161 sur 211 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Mon front est lourd, brûlant; et puisque Antoine avoue...

CLÉOPATRE, riant.

Craignez-vous en dormant le sort d'Endymion?

Je ne suis pas Phœbé.

A une esclave nubienne.

Ma lyre, Charmion.

Charmion s'approclie avec une harpe égyptienne.

CLÉOPATRE, chantant.

Mère des hommes et des dieux, O principe de toutes choses, Qui fais éclore, dans les cieux

Spacieux, Les étoiles comme des roses !

O déesse du bon conseil,

Nuit, qui régnais avant Saturne;

Toi qui baises le front vermeil

Du sommeil.

Bercé dans ton vol taciturne !

Comme les grappes au pressoir, Tords les pavots lourds de Morphée Sur le pâtre qui, vers le soir,

Vient s'asseoir.

L'oreille ouverte aux chants d'Orphée.

Pendant ce chant, Antoine s'est endormi, et Octave fait semblant de dormir. Sur un signe de Cléopàtre, tout le monde, excepté Charmion, s'est retiré. Les candélabres s'éteignent, et la flamme ^bleuâtre du trépied éclaire seule la scène.

CLÉOPATRE

Bienl sur leurs yeux Morphée a mis son noir bandeau.

A Charinion.

Ne laisse entrer personne, et ferme ce rideau.

Elle se lève, regarde autour d'elle, va à Antoine, détache la clef de son cou, ouvre l'armoire secrète, en tire le testament et le décacheté.

Lisant, à la flamme du trépied.

Ah! Brutus, l'héritier de César!... Nuit profonde,

Brûlant le testament.

Ne dis pas à Brutus que je lui vole un monde!...

Pendant que le testament brûle, le rideau du fond s'entr'ouvre, et César paraît un moment, le visage pâle et triste. — Cléopàtre tire-de son sein le testament que César avait fait pour Césarion, et le substitue à l'autre 5 puis elle va remettre la clef au cou d'Antoine. — Tonnerre, éclairs.

Sois neutre, ô Jupiter, qui promènes le bruit!

Et je n'aurai pas fait un voyage sans fruit.

Elle sort, emmenant Charmion.

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