‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 165 sur 211 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

CESAR, seul. Il descend lentement les marches.

Rois, puissants de la terre, oh! quel sort est le nôtre ! C'est pour me voir mourir qu'ils venaient l'un et l'autre î . . . Mais comment Cléopâtre a-t-elle pénétré

Un secret qu'à toi seul, Antoine, j'ai livré ?

Dans ce coffre blottie, elle entendait, je pense...

Allons, de faire un choix Jupiter me dispense. —

Brutusl Brutus ! hélas, quel espoir j'ai perdu!

Moi qui t'ai vainement jusqu'au soir attendu...

Sous le monde penchant lorsque ma tête plie.

Oh! quelle oeuvre à nous deux nous aurions accomplie!

Sans doute elle pesait trop pour des bras humains,

Et l'énorme colosse est tombé de tes mains!

Mais pour le ramasser quelqu'un déjà se courbe...

C'est Octave ! — Dieux bons, si la ruse et la fourbe

Suppléaient au génie, un semblable héritier

Empêcherait César de mourir tout entier!

Voilà comme toujours la gloire humaine expire;

C'est faute d'une main que s'écroule un empire! —

Qu'est-il resté de vous, ô géants ! vieux Rhamsès,

Cyrus, Sardanapale, Alexandre, Xerxès?...

Avoir, dur travailleur que la sueur inonde,

Fait une gerbe, avec tous les peuples du monde ;

Avoir au-dessus d'eux, comme un soleil plus beau,

Civilisation, secoué ton flambeau,

Pour fonder, se courbant sous des labeurs sans trêve.

L'empire universel que tout grand homme rêve;

Avoir amoncelé tant de marbre ! et sentir

Qu'avec le fondateur tout va s'anéantir!...

Dieux cléments ! et laisser la terre encore esclave.

L'ébauche de mon œuvre immense aux mains d'Octave!

Je ne le voulais pas ; mais il le faut, Brutus !

Ses vices feront moins de mal que tes vertus!...

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