ACTE IV
BRUTUS, aux conjurés.
Un instant! — César, ta bouche auguste Dit que je ne saurais demander rien d'injuste. Si tu veux me prêter l'oreille, tu verras Que ma prière est juste, et tu l'exauceras.
CÉSAR
Viens, Brutus.
BFfUTUS,
Faites place !
Il s'approche de César.
CÉSAR
Il m'a laissé l'attendre!...
BRUTUS
Nos mains, l'une vers l'autre, encor peuvent se tendre. Dis un mot : ton désir, le mien, tout s'accomplit! Seulement la clepsydre est là qui se remplit... Le temps vole. César! César, l'heure éternelle Peut-être en ce moment nous touche de son aile ! Écoute-moi.
CÉSAR
Mon fils!
BRUTUS
Pour que je sois ton fils.
César, refais d'abord tout ce que tu défis : Les consuls, les tribuns, élus d'un peuple libre. Et le patriciat, nécessaire équilibre ;
i82 LE TESTAMENT DE CÉSAR.
Pour que je sois ton fils, rends-nous la liberté; Pour que je sois ton fils, dis : Plus de royauté!
CÉSAR
Mon fils !
BRUTUS
César! César! comme la tombe lourde, Ma poitrine fermée à ta voix reste sourde : Si tu veux qu'elle s'ouvre, il faut, consul loyal, N'étendre plus ta main vers le bandeau royal. La vieille république, espères-tu l'abattre ? C'est folie ! Apprends donc que nous sommes vingt-quatre, Vingt-quatre sénateurs, dévoués et tout prêts, Qui venons de jurer que tu ne monterais Au trône, sous les yeux de Rome que tu navres, O César, qu'en mettant le pied sur nos cadavres!
CÉSAR
Mon fils!
BRUTUS
Eh bien! ton fils... Oui, ton fils, si tu veux, — Car le vent de la mort soufÏÏe dans nos cheveux ! Pour Rome et pour César vois ma tendresse amère : Je les aime encor plus que l'honneur de ma mère! Oui, Brutus est ton fils, si, d'un bras hasardeux. Tu n'élargis ce gouffre immense entre nous deux, Abîme où tour à tour liberté, lois, suffrage, Sont venus s'engloutir de naufrage en naufrage! Oui, ton fils, si dans Rome enfin nous te voyons