SCÈNE [I
Les Mêmes, TIRESIAS, aveugle, conduit par un enfant LES DEUX ENVOYÉS d'œDIPE.
Toi qui sais toute chose, ô sublime mortel,
Les secrets delà terre et les secrets du ciel,
Tirésias, malgré ta paupière fermée,
Tu vois sous quel fléau Thèbes meurt consumée
C'est toi le protecteur, le sauveur attendu! —
Apollon, consulté par nous, a répondu
(Si mes deux envoyés ne t'ont rien dit encore)
Que l'unique remède au mal qui nous dévore.
C'est de chasser bien loin, ou de faire périr
L'assassin de Laïus, qu'il nous faut découvrir.
Consulte donc le vol des oiseaux, tes oracles ;
Interroge ton art si ferlile en miracles.
Sauve Thèbe et toi-même, ô devin!... sauve-moi !
Et purge ce pays du meurtre de son roi.
Toi seul peux nous tirer de l'abîme où nous sommes :
L'honneur de la science est d'être utile aux hommes.
TIRÉSIAS
Hélas ! hélas! qu'il est dangereux de savoir!
Je l'avais oublié, moi qui sais tout prévoir!... Pourquoi suis-je venu, malheureux?
Que présage Ce découragement empreint sur ton visage ?
TIRÉSIAS
Va, laisse-moi partir. Crois-moi, tu feras bien : Ton intérêt l'exige encor plus que le mien.
ŒDIPE
Thèbes fut ton berceau. Peux-tu sans infamie, Peux-tu lui refuser une parole amie ?
TIRÉSIAS
Ah! c'est que ta demande est imprudente, ô roi!... Je me tais, craignant d'être imprudent comme toi.
LE CORYPHÉE
Parle, au nom des dieux ! parle ! — Ici, tous en prière, Nous sommes à tes pieds, le front dans la poussière !
TIRÉSIAS, à Œdipe.
Tous, oui, tous insensés ! — Mais je ne dirai rien, Pour ne pas dévoiler mon malheur... et le tien.
ŒDIPE
Qu'entends-je? tu sais tout, et tu ne veux rien dire!,.; Traître ! mais tu vois bien que cette ville expire.