SCÈNE III
ANTOINE, seul. Il va prendre [le. corps de César qui est tombé derrière la statue, et l'apporte en sanglotant sur le devant du théâtre, près des marches du portique. — Pendant les vers suivants, le théâtre, vide un instant, se remplit peu à peu.
Mettant un genou en terre.
Oh ! ne crois pas qu'Antoine aujourd'hui t'abandonne, Pauvre cadavre encor saignant ! Ami, pardonne : J'attendais leur départ, afin de pouvoir seul Etendre ma douleur sur toi comme un linceul! Aussi vrai que tous deux souvent nous triomphâmes, Oh ! je te vengerai!... Malheur à ces infâmes Qui, sombres, éblouis sous ton rayon sacré, S'entre-blessaient aux flancs du héros massacré ! — Sur notre siècle impie où tout va se confondre, La malédiction des siècles viendra fondre ! C'est toi qui retenais dans l'antre souterrain La Discorde et le Meurtre avec ton bras d'airain : Mais la destruction et les guerres civiles Vont, comme un noir volcan, s'épandre dans nos villes. Et de ce feu lugubre, attisé par le vent, Pas un de tes bourreaux ne sortira vivant !!
VALENS
Qui donc pour le tyran a de pareilles larmes?
ANTOINE
Moi, l'ami de César, moi, son compagnon d'armes ! C'est l'ami que je pleure, et non pas le tyran.