ACTE IV
UN CITOYEN
Marc-Antoine.?
UN AUTRE
Il aimait César. Moi, je comprend.
FABER
Moi de même.
VALENS
Les pleurs, qui veut les interdire?
Personne. — Mais surtout qu'il ne vienne pas dire Que ces grands citoyens, nés pour notre bonheur, Cassius et Brutus, ne sont pas gens d'honneur l Je n'aurais plus alors de pitié, pas la moindre ; Et l'ami de César pourrait bien le rejoindre!
ANTOINE
Oh ! ce n'est pas que j'aie ici l'intention
De blâmer cette grande et terrible action...
Ceux qui l'ont accomplie étaient purs, aoi contraire.
Mais vous savez, toujours l'ami, le fils, le frère,
Dit quelques mots sacrés sur le frère endormi,
Sur le morne cercueil du père ou de l'ami 1
Pour le suprême adieu, l'hommage funéraire.
César n'a qu'un ami... point de fils! point de frère !
Et ce dernier tribut, de la tombe espéré.
Quand vous l'aurez permis, c'est moi qui le paierai 1
FABER
C'est juste!
UN AUTRE CITOYEN
Oui.
VALENS , à Antoine.
Parle donc ! . . . Mais pas un mot d'outrage Contre ces hommes purs, la gloire de notre âge !
ANTOINE
Non; je viens, mes amis, — cela peut s'avouer, —
Pour inhumer César, et non pour le louer.
Le mal que nous faisons nous survit : le bien tombe,
Et disparaît souvent avec nous dans la tombe! —
Tout à l'heure Brutus, l'esprit judicieux.
Vous a dit que César était ambitieux!
TOUS
Oui! oui !
ANTOINE
Puisque Brutus l'a dit, cela doit être; Car Brutus est un homme honorable ! — Peut-être César eut-il ce tort ?
VALENS
Il l'eut, assurément!
ANTOINE
La faute est grave, mais grave est le châtiment ! — - J'aimais César, César m'aimait. Je me rappelle Qu'il fut toujours pour moi juste, bon et fidèle; Mais Brutus dit qu'il fut ambitieux : Brutus Est un homme d'honneur, sage, plein de vertus ! —