ACTE III
ŒDIPE
Tu sais, et tu diras au moins, si tu fais bien,..
CRÉON
Quoi donc? Si je le sais, je ne cacherai rien,
ŒDIPE
Si vous n'étiez d'accord, jamais ce faux prophète Du meurtre de Laïus n'aurait chargé ma tête !
CRÉON
Tu sais ce qu'il a dit. Mais souffre qu'à mon tour Ici je t'interroge, — et réponds sans détour.
ŒDIPE
Parle. — J'aurais tué Laïus ?... Ignominie !
CRÉON
N'as-tu pas épousé ma sœur?
ŒDIPE
Qui donc le nie?
CRÉON
Tu partages son trône? Elle règne avec toi?
ŒDIPE
Et ses moindres désirs sont des ordres pour moi.
N'est-ce pas mon pouvoir qui marche après le vôtre?
ŒDIPE
Voilà ce qui te rend plus coupable qu'un autre !
CRÉON
Si tu veux réfléchir, je ne suis point ingrat :
D'abord, est-il un homme, un seul qui préférât
Le trône et ses terreurs, la puissance royale
Au doux repos avec une puissance égale? —
Pour ma part, j'ai toujours beaucoup moins souhaité
La couronne des rois que leur autorité ;
Et chacun, s'il est sage, a dû penser de même. —
Sans crainte maintenant, de ta faveur suprême
J'obtiens ce que je veux, —toujours. Si j'étais roi.
Que de choses souvent je ferais malgré moi !
Ce titre fastueux a-t-il donc plus de charmes
Qu'un tranquille pouvoir, royauté sans alarmes ;
Et pourrais-je, aveuglé d'un orgueil suborneur,
Désirer plus, ayant le profit et l'honneur? —
Aujourd'hui tout le monde et m'encense et m'adore;
Avant de t'implorer, c'est moi que l'on implore.
Car tes bienfaits sont tous dans la main de Créon.
Et j'abandonnerais la chose pour le nom ?
Ce délire entre-t-il dans une âme sensée?...
Je n'ai conçu jamais une telle pensée :
Si quelque ambitieux comptait sur mon appui,
Certes, je n'irais pas m'associer à lui.
Pour t'en convaincre, ô roi, viens à Delphe, et demande
Si j'ai bien rapporté ce qu'Apollon commande.