‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 29 sur 211 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Suis-je coupable, — frappe, et frappe sans remord; Je prononce avec toi ma sentence de mort ! Mais sans vouloir m'entendra, et sur une chimère, Ne va pas m'accuser : quelle injustice amère De confondre les bons et les méchants entre eux ! Rejeter un ami fidèle et généreux, N'est-ce pas renoncer à la vie, à soi-même? — Le temps dévoile tout ; c'est l'arbitre suprême. Le temps seul montre enfin le juste à l'univers ; Mais il ne faut qu'un jour pour montrer le pervers !

LE CORYPHÉE, à Œdipe.

11 parle sagement. Que ta prudence évite

L'erreur, où sont conduits ceux qui jugent trop vite.

ŒDIPE

Lorsqu'un traître, vers moi dans l'ombre se hâtant, Va frapper, — je me hâte et frappe au même instant. Si, tranquille, j'hésite, il s'élance implacable ; Ma résistance est vaine, et c'est lui qui m'accable !

Que veux-tu ? m'exiler du pays ?

ŒDIPE

Homme vil, C'est ta mort que je veux, et non pas ton exil !

CRÉON

Mais apprends-moi d'abord les motifs de ta haine?

ŒDIPE

Veux-tu désobéir à ma loi souveraine?

CRÉON

Quand la raison te parle, et que tu n'entends rien...

ŒDIPE

J'entends mon intérêt, peut-être ?

CRÉON

Mais le mien?

ŒDIPE

Traître !

CRÉON

C'est ton erreur.

Mais sous mon ordre auguste Tu dois pourtant fléchir !

CRÉON

Non, si l'ordre est injuste.

ŒDIPE

Thèbes ! Thèbes !

CRÉON

Je puis l'invoquer comme toi.

LE CORYPHÉE

Princes, que faites-vous? arrêtez! — mais je voi

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