ACTE III
LE CORYPHÉE
* 0 roi, je le proclame,
I * Nul ne serait plus aveugle que moi,
* J'aurais au noir délire abandonné mon âme,
* Si j'allais, imprudent, me séparer de toi!
* Car tu sauvas Thèbe en proie à l'orage, * En proie au flot dévastateur. —
* Toi qui par ton courage ' * L'arrachas au naufrage,
1* Sois encor, si tu peux, notre libérateur î
JOCASTE
Œdipe, au nom des dieux, si tu m'aimes encore... D'où vient-il ce courroux ardent qui te dévore ?
ŒDIPE
Va, personne à mon cœur n'est aussi cher que toi ! Apprends donc les complots qu'il tramait contre moi.
JOCASTE
Oh! parle, et si vraiment son crime est sans excuse...
Le meurtre de Laïus, c'est moi qu'il en accuse !
I JOCASTE
D'après son témoignage, ou sur la foi d'autrui ? 1. 5
3o ŒDIPE ROI.
ŒDIPE
C'est un fourbe, un devin qu'il a suborné, lui ! — Créon se garde encor d'affirmer par lui-même.
JOCASTE
Dédaigne ces rumeurs : crois l'épouse qui t'aime !
Écoute-moi, de grâce, et tu vas convenir
Que jamais un devin n'a lu dans l'avenir.
Je veux te le prouver. Des oracles sinistres,
Qu'Apollon n'avait point dictés, mais ses ministres,
A Laïus autrefois prédirent qu'il mourrait
Égorgé par un fils, qui de nous deux naîtrait.
Et cependant Laïus, personne au moins n'en doute,
Des brigands étrangers l'ont tué sur la route :
C'était dans un chemin qui se partage en trois. —
Ce fils naquit ; trois jours s'écoulèrent, je crois ;
Et, lui perçant les pieds. Laïus avec mystère
Le fit abandonner sur un mont solitaire. —
Ainsi mon fils, malgré l'oracle de Phébus,
N'a pas tué son père ; ainsi le roi Laïus
D'un fils, comme il craignait, n'est point tombé victime
Les prophétiques voix nous annonçaient le crime,
Pourtant ! ■-- N'y songe plus. — Ce qu'il veut révéler.
Un dieu saura toujours comment le dévoiler. i
ŒDIPE
Oh ! comnle à ton récit l'anxiété redouble Dans ce cœur éperdu 1