ACTE IV
ŒDIPE
Est-ce un crime, sa mort ?...
Ou naturellement descend-il dans la tombe ?
LE MESSAGER
Le moindre choc suffit, et la vieillesse y tombe !
ŒDIPE
Malheureux! voilà donc ses destins accomplis! Consumé de langueur !
LE MESSAGER
Ses jours étaient remplis.
ŒDIPE
Qui voudra désormais de la Prêtresse antique,
A Delphe, interroger le foyer prophétique,
Ou le chant des oiseaux? — Je devais, fils maudit.
Assassiner mon père, ils me l'avaient prédit!...
Et mon père à Corinthe est couché sous la terre ;
Et moi je suis à Thèbe, innocent, ô mon père !
Innocent de ta mort I — à moins que mon départ.
En désolant son cœur, n'ait tué le vieillard. —
Ainsi donc, emportant cet oracle frivole.
De Polybe aux enfers l'ombre auguste s'envole !
JOCASTE
Je te l'avais prédit depuis longtemps, je croi.
ŒDIPE
Oui, mais je n'écoutais que mon aveugle effroi.
JOCASTE
Chasse enfin de ton âme une folle chimère.
ŒDTPE.
Quoi! ne craindrais-je plus la couche de ma mère ?
JOCASTE
Que peut craindre un mortel, ce jouet du Destin, Alors que sur la terre il n'est rien de certain? Crois-moi, vivre au hasard est encor le plus. sage. L'hymen incestueux qu'Apollon te présage. Ne le redoute point. ^ Ces fantômes cruels Épouvantent parfois les songes des mortels ; Mais pour l'homme qui foule aux pieds ces terreurs vaines, La vie heureusement coule exempte de peines!
ŒDIPE
J'approuve tes conseils, et je les suivrais mieux
Si pour jamais ma mère avait fermé les yeux ;
Mais tant qu'elle respire, il faut bien que je tremble 1
I. Variante plus exacte, mais peut-être inadmissible au théâtre:
......,,. Déjà plus d'un mortel,
En songe, a cru monter daiis le lit maternel.