‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 67 sur 211 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Personne, ô mes enfants! et vos jeunes années Languiront sans hymen, tristes, abandonnées ! — O fils de Ménécée, aujourd'hui, puisque seul Tu leur restes, hélas I car un même linceul Enveloppe avec moi celle qui fut leur mère !... Ne souffre pas qu'au sein de l'indigence amère Elles traînent leur vie errante dans les pleurs. Ne fais point leur misère égale à mes malheurs ! Mais sois compatissant 1... vois leur débile enfance I Si tu ne les soutiens, qui prendra leur défense? Ne me refuse pas, Créon, et donne-moi Ta main, ta noble main pour gage de ta foi. — Que de choses encor, vous dont l'âge est si tendre. Je vous conseillerais, si vous pouviez m'entendre! Soyez heureuses, vous!... c'est à moi de souffrir... Enfants, priez les dieux qu'ils me fassent mourir !

CRÉON

* Assez de larmes ; viens, rentre dans ta demeure.

ŒDIPE , presque menaçant.

* Je cède... malgré moi!

CRÉON

Toute chose a son heure.

ŒDIPE

* Une condition d'abord, et j'obéis.

CRÉON

* Laquelle?

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ŒDIPE

Chasse-moi bien loin de ce pays !

CRÉON

* Les dieux prononceront.

ŒDIPE

Mais les dieux me haïssent !

CRÉON

* Rien n'empêchera donc que tes vœux s'accomplissent.

ŒDIPE

* Dis-tu vrai ?

CRÉON

Je n'ai pas coutume de mentir.

ŒDIPE, étreignant ses filles qui sanglotent.

* Eh bien 1 emmène-moi d'ici... je vais partir.

CRÉON

Œdipe, il faut quitter ces enfants !

ŒDIPE, les entourant de ses bras.

Je t'implore !

Oh ! ne m'enlève pas mes enfants !... Pas encore!

Crois-moi, ne cherche point à l'emporter toujours :

Tes victoires ont fait le malheur de tes jours !

Œdipe essaie encore de retenir ses deux filles ; on les sépare. Alors, soutenu par un esclave, appuyé sur un bâton, il s'éloigne lentement.

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