‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 74 sur 211 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

CYTHÉRIS, avec surprise, comme si elle n'avait pas encore aperçu

Cassius.

Vous ici, Cassius !

CASSIUS

Cela VOUS émerveille?

Hélène vous a dit pourtant que j'étais là.

CYTHÉRIS.

Au fait, c'est très-possible; et puisque vous voilà, Voulez-vous vous asseoir? Que dit-on de l'Afrique?

CASSIUS

Depuis quand, Cythéris, parlons-nous politique?

Au théâtre, au forum, en lui donnant la main, N'est-ce point par ces mots qu'on aborde un Romain?

CASSIUS

D'accord. Cela vaut mieux, certes, que de médire. Mais c'est quand on n'a pas autre chose à se dire.

CYTHÉRIS.

Vous avez quelque chose à me dire?

CASSIUS

Oui.

CYTHÉRIS.

Tant mieux !

Que me direz- vous donc?

CASSIUS

Je vous aime.

CYTHÉRIS.

Oh, c'est vieux!

CASSIUS

Vieux ! j'ai beau le redire, amant fidèle et tendre. Vous avez toujours eu l'air de ne pas m'entendre.

CYTHÉRIS.

Vous, un stoïcien, — car vous l'étiez, je croi, — Vous daignez, Cassius, descendre jusqu'à moi ! Vous de qui les aïeux, dans Rome populaires. Marchaient accompagnés des faisceaux consulaires, Vous ain^ez Cythéris!... Est-ce possible? Non. Mais que dira Brutus, l'élève de Zenon, S'il apprend cet amour? Ohl j'ai peur qu'il ne force Junià, votre femme, oui, sa sœur, au divorce. Un scandale pour moi n'est pas ce que je veux... Doucement, Asia! vous tirez mes cheveux !

CASSiUS.

Cythéris ! Cythéris ! oh ! vous êtes bien belle !

CYTHÉRIS.

Je le sais.

CASSIUS

Mais combien vous êtes plus cruelle!

CYTHÉRIS.

Je l'apprends.

CASSIUS, avec dépit.

Ah! — Je pars demain ; j'aurais voulu Partir avec un mot meilleur.

Page 1