PROLOGUE
CYTHÉRIS, avec surprise, comme si elle n'avait pas encore aperçu
Cassius.
Vous ici, Cassius !
CASSIUS
Cela VOUS émerveille?
Hélène vous a dit pourtant que j'étais là.
CYTHÉRIS.
Au fait, c'est très-possible; et puisque vous voilà, Voulez-vous vous asseoir? Que dit-on de l'Afrique?
CASSIUS
Depuis quand, Cythéris, parlons-nous politique?
Au théâtre, au forum, en lui donnant la main, N'est-ce point par ces mots qu'on aborde un Romain?
CASSIUS
D'accord. Cela vaut mieux, certes, que de médire. Mais c'est quand on n'a pas autre chose à se dire.
CYTHÉRIS.
Vous avez quelque chose à me dire?
CASSIUS
Oui.
CYTHÉRIS.
Tant mieux !
Que me direz- vous donc?
CASSIUS
Je vous aime.
CYTHÉRIS.
Oh, c'est vieux!
CASSIUS
Vieux ! j'ai beau le redire, amant fidèle et tendre. Vous avez toujours eu l'air de ne pas m'entendre.
CYTHÉRIS.
Vous, un stoïcien, — car vous l'étiez, je croi, — Vous daignez, Cassius, descendre jusqu'à moi ! Vous de qui les aïeux, dans Rome populaires. Marchaient accompagnés des faisceaux consulaires, Vous ain^ez Cythéris!... Est-ce possible? Non. Mais que dira Brutus, l'élève de Zenon, S'il apprend cet amour? Ohl j'ai peur qu'il ne force Junià, votre femme, oui, sa sœur, au divorce. Un scandale pour moi n'est pas ce que je veux... Doucement, Asia! vous tirez mes cheveux !
CASSiUS.
Cythéris ! Cythéris ! oh ! vous êtes bien belle !
CYTHÉRIS.
Je le sais.
CASSIUS
Mais combien vous êtes plus cruelle!
CYTHÉRIS.
Je l'apprends.
CASSIUS, avec dépit.
Ah! — Je pars demain ; j'aurais voulu Partir avec un mot meilleur.