PROLOGUE
CYTHÉRIS.
C'est résolu ?
Vous partez demain?
CASSIUS
Oui.
CYTHÉRIS.
Je vais être charmante Alors.
Comme c'est bon, un amant qu'on tourmente!
CYTHÉRIS.
Tourmentez un amant, agitez un flambeau. L'amour est plus ardent et le rayon plus beau !
CASSIUS
Ainsi donc à ce point mon départ vous enchante?...
CYTHÉRIS.
Non, et vous avez tort de me dire méchante.
Ne vous y trompez pas, j'aime à vous recevoir;
Vous êtes de ces gens qu'on est heureux de voir.
Quand vous ne parlez pas de l'amour qui vous brûle.
Vous avez de l'esprit... pas autant que Catulle,
Pas autant que Lucrèce, oh non ! pas même autant
Que ce pauvre petit Horace qui, partant
Ce matin, est venu, messager poétique,
Chercher complaisamment mes lettres pour l'Attique.
Mais vous en avez plus, de l'esprit, beaucoup plus Que Cimber, que Casca... même que LucuUus.
CASSIUS
Même que Lucullus ! Cythéris, prenez garde, Vous me rendriez fat...
CYTHÉRIS.
Ce serait par mégarde.
CASSIUS
Mais je crois qu'en parlant ainsi, vous vous moquiez : Moi, j'aurais plus d'esprit que le roi des banquiers ? Voilà qui me rapproche un peu de vous, j'y gagne.
CYTHÉRIS.
Vous faites voile pour... quel pays?
CASSIUS
Pour l'Espagne.
CYTHÉRIS.
Mais c'est au bout du monde !
CASSIUS
Est-ce trop près encor?
Que vous rapporterai-) e ? une ou deux mines d'or?
CYTHÉRIS.
Non; vous me cueillerez, dans ces climats torrides.
Seulement une orange, un fruit des Hespérides.
Mais craignez, comme Ulysse aux champs du Lestrygon,