‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 80 sur 211 · PROLOGUE. i · texte numérisé non relu

PROLOGUE. i

CYTHÉRIS.

Adieu donc; sans aigreur quiitons-nous.

CASSIUS

Je sors... mais, en sortant, un dernier mot, de grâce!

CYTHÉRIS.

Oh, dix! N'allez pas croire au moins que je vous chasse.

CASSIUS

Le nom de mon rival?

CYTHÉRIS.

Soit!

CASSIUS

Vous allez nommer L'heureux mortel qui n'a qu'à se laisser aimer. Comme pour Cythéris l'amour est chose grave, Cet heureux-là sans doute est jeune, riche, brave. D'aussi vieille noblesse au moins que Romulus; Il a gloire et beauté?

S'il n'avait rien de plus, Des jardins de Salluste à la porte Capène, Rome a bien dix seigneurs qui le vaudraient sans peine ; Et dans ce cas alors...

CA'SSIUS,

Achevez ; dans ce cas 1

i34 LE TESTAMENT DE CÉSAR.

CYTHÉRIS.

Je serais sa maîtresse, et ne l'aimerais pas.

CASSIUS

Cet homme est donc un sage, un moderne Aristippe? De toutes les vertus enfin c'est donc le type? Puisqu'à vos yeux charmés ce nouvel astre a lui, Quel est-il? On voudrait se modeler sur lui.

CYTHÉRIS.

Oh! vous savez, la femme est un être frivole; Et, comme l'alouette imprudente qui vole. Ce qui brille parfois la prend à ses rayons.

CASSIUS

Fort bien! Cet homme brille alors : par quoi? Voyons!

CYTHÉRIS.

Par les contrastes. Rien en lui qui se ressemble :

Il est jeune et vieux, pauvre et riche tout ensemble;

Il est voluptueux comme une femme au bain.

Patient, sobre et dur comme un pâtre sabin;

Il égale, s'il veut, flambeau du ciel Rutule,

L'orateur Cicéron, le poète Catulle ;

Extrême en toute chose, il surpasse, dit-on, \

Le pervers Clodius, le vertueux Caton; ;

Noble et fier, il salue un esclave en tunique; '

C'est Tarquin, c'est Gracchus, — enfin c'est l'homme uniqi

Le reconnaissez-vous?

Page 1