PROLOGUE
Le dieu du Capitole a donc quitté son temple,
Et le triomphateur est mon hôte ce soir !...
Dans cette humble maison daignera-t-il s'asseoir?
César s'assied ; elle se met à ses genoux,
Que faites-vous donc là ? faut-il que je vous gronde?
CYTHÉRIS.
Je suis à vos genoux, César, comme le monde! CÉSAR, rejetant son manteau.
Vous avez désiré voir le triomphateur, Dont le plus grand triomphe est à vos pieds.
CYTHÉRIS.
Flatteur! — Mais quelle majesté souveraine, ineffable!... Hélas! de Sémélé vous connaissez la fable : Elle aussi voulut voir Jupiter.. . Quel trépas!
CÉSAR
Rassurez-vous, ma foudre à moi ne brûle pas.
CYTHÉRIS, contemplant César.
Oui, voilà bien la toge éblouissante et peinte ; Dans la pourpre de Tyr la robe deux fois teinte, Ta robe, ô Jupiter ! et voilà bien encor La tunique brodée avec ses palmes d'or! Voilà bien le laurier sauvage, la couronne Seule digne du front sacré qu'elle environne! Mais ceci, qu'est-ce donc ?
CÉSAR
Un talisman bien vieux, La bulle d'or, qui sert contre les envieux ! Elle a déjà suffi, rayonnant sous ma stole, Contre ceux qui m'ont vu monter au Capitole ; Mais de votre maison s'ils me voyaient sortir, La bulle pourrait-elle encor me garantir?
Vénus est votre mère, et, mieux que cette bulle, Le regard de Vénus garde le fils d'Iule! — Mais un anneau de fer, à vous, César ?
CÉSAR
Il doit Remplacer désormais l'anneau d'or à mon doigt. Depuis cent ans, parmi nos guerriers, entre mille. Trois hommes seulement l'ont porté : Paul-Émile, Pompée et moi.
CYTHÉRIS.
Vraiment ?
CÉSAR
C'est l'anneau du soldat.
Il fallait bien que Rome enfin me l'accordât.
CYTHÉRIS.
Des bracelets de cuivre ?
CÉSAR
Oui ; c'est la récompense