PROLOGUE. i5i
CYTHÉRIS.
Trois guerres ! vous, César ?
CÉSAR
Comptons-les tour à tour :
La guerre de Bretagne : une ! pour Servilie. Les perles, voyez-vous, c'était là sa folie ; Et l'océan de l'Inde enviait, disait-on, Une certaine perle à l'océan breton.
CYTHÉRIS.
Ah!
CÉSAR
La guerre d'Egypte après, pour Cléopâtre : Deux! La guerre d'Afrique — oh! j'étais idolâtre De la blanche Eunoé, femme d'un noir jaloux : Trois!... Voyons! puis je faire une guerre pour vous?
Oh moi ! pour mériter cette gloire infinie, Suis-je reine d'Egypte ou de Mauritanie ?
CÉSAR
Jeune et belle ! le sceptre est là, dans ces deux mots.
Périclès a bien fait la guerre de Samos,
Cette guerre qui mit en feu toute l'Asie,
Pour un soupir tombé des lèvres d'Aspasieî
Elle avait comme vous la double royauté :
Elle avait la jeunesse, elle avait la beauté !
CYTHÉRIS.
Ainsi donc, à vos yeux, me voilà souveraine?
i52 LE TESTAMENT DE CÉSAR.
CÉSAR
Je n'ai jamais connu de plus puissante reine.
CYTHÉRIS.
Alors, si j'ordonnais, vous obéiriez ?
CÉSAR
Moi?
Comme un esclave.
CYTHÉRIS.
Eh bien, César, voici ma loi :
Vous resterez ici.
CÉSAR
Vraiment?
Je vous l'ordonne.
Qui vous accompagnait chez moi?
CÉSAR
Chez vous? Personne.
CYTHÉRIS.
Personne ?
CÉSAR
Ah ! mon bouffon.
CYTHÉRIS.
Et... tenez-vous à lui ?
CÉSAR
Un esclave est un homme : on s'en doute aujourd'hui ; Mais un bouffon...
^ PROLOGUE. i53
CYTHERIS.
Alors, je le prends.
CÉSAR, riant.
Tout de suite.
CYTHERIS.
Comment le nommez-vous ?
Thersite.
CYTHERIS, appelant.
Ici, Thersite !