PROLOGUE. i
CYTHÉRIS.
Ah ! peut-être Vous direz que je suis cruelle : je dois l'être ! Car il fallait sauver César. Point de milieu!... Un homme, qu'est-ce donc lorsqu'il s'agit d'un dieu ?
Vous êtes maintenant, ô ma belle rieuse. Sombre comme la nuit, et plus mystérieuse.
CYTHÉRIS, tremblante.
Chut ! écoutez !
THERSITE, dans la rue.
Le sol poudreux boit l'onde!
L'arbre au vert parasol
Boit le sol!
La mer, sombre et profonde, De l'air fluide et pur
Boit l'azur i Le soleil, roi du monde, Plongeant au gouffi e amer,
Boit la mer !
La lune, pâle et blonde.
Boit le rayon vermeil
Du soleil!
CÉSAR
Avec sa voix de muletier, Ce malheureux va mettre en rumeur le quartier.
CYTHÉRIS, plus troublée.
Pardonnez-moi, César ; n'allez pas me maudire !
i56 LE TESTAMENT DE CÉSAR.
CÉSAR
Qui, moi? vous pardonner!... Mais que voulez-vous dire ? CYTHÉRIS, se rapprochant de la fenêtre.
Écoutez !
THERSITE, s'éloignant.
Vous que la guerre enivre, Que l'ambition mord, Tuez-vous!... J'aime à vivre, Moi, buveur sans remord, Qui ne veux tomber qu'ivre Mort ! ! !
Il pousse un cri de douleur. — Bruit d'armes au dehors. Ah!
CÉSAR
Ce cri lamentable et profond!...
Qu'est-ce donc?
CYTHÉRIS, avec effroi. î
C'est César qui tombe! !
CÉSAR
Mon bouffon Qu'on vient d'assassiner?
CYTHÉRIS. H
En place de son maître.
CÉSAR
L'assassin, quel est-il?
CYTHÉRIS.
Vous allez le connaître.