A JULES JANIN
« Il faut partir, il faut quitter la terre, et la maison charmante, et l'épouse qu'on aime!... »
— // faut quitter la terre, c'est peu de chose; et la petite maison riante et studieuse, toute pleine de livres, et le petit jardin plein d'ombre et de soleil, plein de fleurs et d'oiseaux, c'est peu de chose encore, — mais la douce compagne... !
Voilà ce que vous disiez parfois, — je m'en souviens, — les yeux tournés vers Celle qui maintenant vous cherche dans la maison cliarmante, et pleure...
Ami, ce livre dont f imprime aujourd'hui la dernière page, qui est celle-ci, j'en commençais à peine les premières, et j'espérais, folle espérance, avoir encore le temps de vous l'offrir quand la Mort, qui reculait toujours devant ce calme et bienveillant regard, devant ce rire éclatant et jeune, est venue brusquement vous prendre. Je le voyais déjà, ce petit livre, dans sa reliure fauve aux tranches d'or, sous la vitre de votre chère bibliothèque, — et c'était bien sa place... car ces drames épars qu'aujourd'hui je rassemble à la hdte pour n'être pas moi-même surpris comme vous, — depuis vingt-cinq ans, depuis ma première tentative au théâtre, vous les ave:^ tous vus naître sur la scène, vous les ave:{ tous encouragés, soutenus, applaudis.
Moi qui ne vous ai jamais rien demandé, jamais, vous m'avez tout donné!
Vous n'êtes pas de ceux qu'on oublie.
JULES LQ^ClipiX.
Cg 25 octobre 1874.